Témoignages de médecins
samedi 4 juin 2005
pour moi environ 600 contrats donc une remise en cause financière importante qui ne pourra être compensée que par une modification de ma manière de travailler :
— éclatement des motifs de consultation sur plusieurs C
— réduction des temps de RV 15’->10’
— acceptation des V non justifiées (peut être !)
Je me permets seulement de vous dire qu’en tant que médecin généraliste, ayant adhéré à l’option référent, l’utilisation qui a été faite de la loi à travers la convention médicale fait brutalement diminuer mes revenus (d’environ 10 %) dans la période dite de transition ("gel des options référent" pour l’année 2005), avec la menace d’une diminution de 10 à 30 % supplémentaire dans les années 2006 à 2007 (on saura peut-être en novembre ce qu’il en est).
Cette diminution ne peut se rattraper (en partie… en partie seulement) que par une augmentation du nombre d’actes. Laquelle a pour corollaires : des actes plus rapides ; des demandes "revenez me voir" ; des prescriptions plus faciles (pas le temps d’expliquer pourquoi je ne prescrit pas - c’est plus vite fait de prescrire). C’est du mauvais travail, bien sûr, mais la survie économique de ma famille (notamment le financement des études de mes enfants) est à ce prix.
J’ai tenté d’être un médecin vertueux : j’ai habitué ma clientèle à peu de prescriptions. Sur mon relevé de 2004, le rapport du montant de mes prescriptions induites au montant de mes honoraires remboursés est de 1,4 pour une moyenne régionale à 4,5 (autrement dit chacune de mes consultations coût en fait environ 50 euros à la communauté, contre 115 euros en moyenne pour les généralistes de Midi-Pyrénées). Et ceci ce alors que mon taux de "revoyure" est dans la moyenne, que je n’utilise quasiment pas les dépassements d’honoraires (environ 300 euros en tout pour 2004 - surtout pour des visites injustifiées), que je travaille dans un quartier défavorisé avec un taux de CMU supérieur à 40 %, et que je n’utilise quasiment aucune médecine complémentaire (si, de l’homéopathie, dans environ 2 % de mes ordonnances) …. Mais j’ai bien compris : ce comportement est vigoureusement sanctionné… A présent, mon seul choix est de travailler plus, dans de plus mauvaises conditions, en rendant moins de services aux patients (à la fois sur le plan médical et sur le plan économique, puisque le tiers payant va être refusé à beaucoup, qui y sont habitués depuis 5 à 6 ans), dans le seul but de ne pas me trouver en faillite, et sans espoir d’amélioration d’ici plusieurs années. Je ne sais comment vous exprimer ma tristesse et mon dégoût… En fait, moi qui ai cru en ce métier au point de passer des nuits à lire et rédiger des articles pour Prescrire, maintenant, si je pouvais me recycler dans un autre métier, je le ferais avec soulagement… Que les Ministres parlent ! Qu’ils parlent, mais leurs actes sont bien plus éloquents que leurs mots…
Hélène bonjour, témoignage Agressé ,choqué intellectuellement — retour à la fac depuis 4 ans, prescrire , test de lecture, pharmaco, DCI, séminaires
— j’ arrete tout - a quoi bon - non je continue les soins palliatifs - pour le moment- - et la perte d’ activité - 250 patients en option
La suppression OMR m’entraine une perte d’ environ 120000 frs/AN de recettes compensée que très modestement par 80 ALD,je vous laisse conclure : deficit d’environ 85000 frs de recettes/ans ce qui compte tenu de ma façon de travailler oblige à :soit licenciement,soit suppression vacances,soit 3 C de plus par jour ?
J’avais l’impression de faire une médecine JUSTE …Equitable, accessible à tous les revenus…D’avoir oublié la vénalité d’un acte…
J’avais choisi l’option pour moins travailler, mieux travailler et mieux vivre…Retour à la case départ.
bonjour Sans l’option référents la baisse va être lourde contrairement à ce qui parait evalué par les caisse . J’ai environ 450 forfait soit environ 20 000 euros de moins par an sans compter la diminution de consultation engendré par la fin du tiers payant et l’augmentation certaine de consultation gratuite car je suis dans un quartier plutôt défavorisé .je vais récupérer du temps sur la gestion de tiers payant lourde à cause des mutuelles .je ne sais pas si je pourrai garder la personne qui fait l’entretien et 2 matinée par semaine d’enregistrement des courriers par scanner .heureusement que j’ai doublé mon poste informatique avec mise en réseau pour que la secrétaire puisse travailler pendant des horaires ouvrables correctes grâce au forfait référent . j’envisage une association mais je ne pourrai m’engager vraiment que quand on y verra plus clair dans 1 an 1/2 à moins que je puisse bénéficier des contrats promis avec salariat . cela est envisageable seulement parce que ma future associée féminine ne souhaite pas travailler à temps plein pour le moment .
Une FMC libre et indépendante de l’industrie La possibilité du tiers payant intégral pour les plus démunis hors CMU La mise en pratique, par mon choix et celui de mes patients en option, d’une qualité des soins optimisée. Les débuts d’une rémunération par capitation.
Comment vous envisagez l’avenir sans l’option, chiffres à l’appui bienvenus
Pessimiste par rapport à mon engagement vis à vis des patients et des autorités puisque tout le monde sera peu ou prou MT, donc multiplication des actes subira une envolée faute de moyens etc etc….
Pour ma part j’ai pris un mi-temps salarié, donc je fermerai le cabinet 2 jours par semaine, en plus du mercredi et samedi après-midi et bien évidemment le dimanche.
Bonjour la PDS et vive le bel avenir du Centre 15, car je ne vais évidemment pas chercher de remplaçant !!!
pour moi le calcul est simple:3 actes en plus par jour ,j’ai déjà prévenu le directeur de ma caisse ! médecin généraliste de village par choix et confirmation de ce choix (j’ai été tenté par l’anesthésie réanimation à une époque où le CES m’était très accessible, puis j’ai obtenu un CES de médecine du travail -35h par semaine actuellement-, un DU de gériatrie , un DU d’andrologie , un DIU de sexologie, je pratique les soins palliatifs en structure hospitalière publique), ai été de garde jour et nuit 20 ans…
sans parler de la formation continue , un devoir élémentaire assorti d’un plaisir personnel et convivial…
Et je suis reconnu par les pouvoirs publics et la sécurité sociale au même titre qu’un jeune diplômé généraliste , mais bien en deçà de ce qu’est reconnu un jeune diplomé de specialité.
Enfermé ! Et aucun moyen d’en sortir , aucun écho de la population.
et à la merci de n’importe quel abus de pouvoir préfectoral : des préfets , il y en a des bien et des conséquents , mais il y a quelques salauds aussi…
J’avais fini , après bien des réticences , par adhérer et faire adhérer pas mal de patients à l’option référent, jamais réellement activée par la sécu dans ses mesures rationnelles.
Et puis le discours ambivalent , délirant de l’union Douste-Blazy-syndicats ultralibéraux, sur le médecin traitant passage obligé mais surtout pas obligatoire (il peut consulter directement les ophtalmos , normal , et les gynécos (c’est si spécial une femme , ce continent noir pour le généraliste (surtout s’il a longtemps pratiqué au planning , est sexologue ! et n’a aucun moyen de le faire valoir) ; et les diabétiques , mieux leur vaut un endocrinologue , et les cardiaques , alors que 80% des généralistes ne savent pas reconnaître une insuffisance cardiaque -entendu à la radio d’un professeur de cardiologie : on devrait lui interdire l’enseignement ; et la psychiatrie ; je n’invente rien : ; c’est écrit en toutes lettres dans la convention. de même que le MT peut être un spécialiste !
alors je vous rejoins .
pour dire les choses , essayer d’enfin obtenir une reconnaissance qui est loin d’être purement financière.
En marge de cette discussion concernant le " nouveau " médecin " traitant ", je tiens à apporter mon témoignage de futur " ex-médecin-référent ".
Le système médecin référent n’a jamais été compris de la plupart des médecins qui n’y ont pas adhéré, ils en auraient eu une autre opinion s’ils n’avaient pas été soumis aux idées préconçues orchestrées par les leaders syndicaux.
Pour preuve, en 4 ans, aucune ingérence ni tentative des caisses alors que ce point est le fer de lance pour convaincre du bien fondé de l’abandon du médecin référent, la seule contrainte est l’obligation de formation qui en fait est obligatoire pour chacun et l’application du tiers payant. Le patient est libre de consulter qui il veut, mais sa fidélité est marquée d’une part par le soin que le médecin prend à élaborer son dossier, permis par la rémunération forfaitaire,(y compris pour une prise en charge d’éducation et de prévention) , d’autre part par le fait qu’il constate quand même une différence lorsqu’il va chez son médecin référent par l’application de ce tiers payant. La rémunération forfaitaire a permis un investissement en matériel (conséquent pour ma part) et une vocation à une participation active à la FMC .
L’application actuelle de ce que sera le médecin traitant vise à privilégier les médecins voyant beaucoup de patients (donc beaucoup en ALD), faisant donc beaucoup d’actes. Les patients " peu " malades auront beaucoup moins " d’intérêt " , lorsqu’ils se rendront compte qu’il n’existe aucun moyen de les inciter à consulter le médecin qu’ils ont antérieurement désigné, ils continueront leurs mouvances médicales entre généralistes.
L’ingérence des caisses ? elle sera à présent quasi permanente lors de l’acceptation ou non du dossier d’ALD, puisqu’elle conditionne une rémunération forfaitaire sur des années…
Je suis pour privilégier la qualité de la relation médecin-patient dans un cadre de vie acceptable pour le médecin et, en dehors de toute prise de position syndicale, j’ai pu constater que le système du médecin-référent avait permis pendant un temps de respecter ce cahier des charges.
Le nouveau ne le permettra pas, les dépenses vont encore plus augmenter puisque l’effet pervers sera de mettre de plus en plus de patient en ALD et nous allons par la suite être bouffé à une autre sauce encore pire que celle annoncé…
Concernant le " futur ", sans l’OMR ( ?) : la question financière ne se pose pas en terme de revenu global mais de revenu en fonction de la répartition du temps passé et de l’investissement matériel.
Exemple : 0 € pour se documenter à domicile, 0 € pour scanner tous les résultats, 0 € pour améliorer la gestion du dossier patient, variable de 0 à 20 € pour les documents administratifs ( cf témoignage récents sur le forum ) , perte de 15 € pour se former par journée de séminaire ( 30 C moins 15 C indemnisés )
Par contre à l’opposé : + 20 € pour chaque nouvelle consultation quelle qu’en soit la durée ( 5 mn ou 3/4 heure ) pris à loisir selon que l’on stimule le souci de contrôle , que l’on écourte la consultation précédente, que l’on exploite l’anxiété de ses patients, que l’on préfère contrôler la TA chaque mois plutôt qu’éduquer à l’automesure…, que l’on sollicite des consultations pas forcément nécessaire visant les troubles fonctionnels ou le confort…….
Mon associé qui ne s’est jamais formé à la médecine générale en 10 ans, voit 30 % de patients de plus que moi, car il utilise tout simplement le système, permis en dehors de l’option référent.
Est-ce que je vais encore avoir intérêt à perdre de l’argent en formant les étudiants ( 38 € par heure d’enseignement théorique alors que si je suis à mon cabinet je suis assuré de voir 4 patients par heure ? ), est ce que je vais encore investir en du matériel ( depuis l’OMR : Ordinateur portable pour les visites , Holter tensionnel , oxymetrie de pouls, ECG numérisé pour le cabinet et un autre pour les visites) ? Est-ce que je vais encore passer du temps à organiser la FMC des médecins de la région (président de l’association depuis 3 ans ).
Le problème est effectivement l’amour propre du fait de l’inégalité face à d’autres médecins qui ne se pose pas toutes ces questions et constatent qu’il est beaucoup plus facile d’être disponible et de discuter pendant 10 mn avec son patient et d’encaisser 20 € pour ça. En cas de besoin de renseignement supplémentaire non apporté par le manque de formation du médecin, le malade lui sera extrêmement reconnaissant de l’adresser chez le spécialiste ad hoc.
- Beaucoup de choses …
- une réelle fidélisation (à part quelques rares exceptions) de la patientèle , acquise d’un commun accord entre les 2 parties , ce qui entraînait comme avantages
— pour le patient : un suivi médical sans doute plus " appuyé " que pour un autre patient , puisque le retour des courriers des spé se fait plus régulièrement + l’avantage du tiers payant total ou partiel ( sans la part AMC )
— pour le médecin ; dossier médical quasi complet ; avantage de la prime OMR non négligeable ; ce qui m’a permis , non pas d’engager une secrétaire , mais de faire un investissement important dans la rénovation de mes locaux après plus de 15 ans d’exercice ;
inconvenients :
— pour les patients : auncun ?
— pour le médecin : gestion administrative du tiers payant , chronophage …
PS : je suis de toutes façon enervé voire agaçé maintes fois, lorsque je constate un parcours de santé d’un patient tout à fait anarchique : le cardio pour les doul précordiales , le pneumo pour une toux persistante , le dermato pour une verrue seborrhéique …et pour ces patients là le tiers payant est de toutes façon refusé !
La disparition de l’OMR , n’entraîne pas , chez nous de disparition du tiers payant , paradoxalement ; Les patients poussés par les caisses à renvoyer les formulaire de med ttt : je leur répond que de toute façon , je suis allergique aux parcours anarchiques et quelque soit leur décision , je n’accorderai le tiers payant qu’aux patients qui respectent ce parcours ! Financièrement , il est évidement que le manque de la prime OMR sera dure à avaler ; on espère de toutes façon que votre action ira dans le bon sens sur ce plan là .
J’ai besoin de recueillir vos questions et remises en questions sur l’avenir de vos cabinets
Comment faire faire converger l’OMR vers le MT ? Dans notre groupe c’est plutôt la question qui nous préoccupe que la pérennisation de l’OMR seule qui à notre avis n’est qu’un combat d’arrière garde. Pour l’instant il n’y a aucune remise en cause de notre cabinet car même avec 1500€ de moins par mois et par médecin ceci sera atténué par les forfaits ALD, les forfaits d’astreintes, et s’il faut encore trouver des sous quelques actes en plus. Mais pas question de se séparer de la 2° secrétaire qui de toute manière aura toujours du boulot avec la tonne de paperasse qui va nous tomber dessus avec le MT. Toutefois nous n’envisageons pas de modifier fondamentalement notre façon de travailler par rapport aux acquis de l’OMR.
Ce que l’OMR a changé pour vous
Des revenus en hausse grâce au forfait de l’option (1500 patient * 45€ = 77 500€ par an) ceci nous à permis : - d’agrandir le cabinet ( meilleur confort de travail) - d’embaucher une autre secrétaire, - de pouvoir nous former dans de bonne condition - et par voie de conséquence de faire une meilleur médecine plus intéressante pour nous, le patient et la sécu qui fait des économie.
Comment vous envisagez l’avenir sans l’option, chiffres à l’appui bienvenus ?
Je ne pense pas que ce sera nous les MG (>50ans) qui souffrirons le plus de cette absence car l’option nous à donné des habitudes de travail que nous ne changerons pas. Parcontre, les patients ont du soucis à se faire car ils auront de plus en plus de mal à obtenir des soins de qualité et devront malgré la baisse de qualité payer plus de leur poche.
La nouvelle Convention Médicale va réformer en profondeur l’exercice médical libéral dans ce pays. À l’heure actuelle beaucoup ne voient pas ce qui va changer dans leur pratique de médecin généralistes, même si la majorité des confrères est au minimum dubitatif et le plus souvent hostile à la nouvelle convention.
Rien ne vaut une expérience personnelle concrète pour comprendre les évolutions en cours. Je vais donc raconter ma propre histoire.
Je travaille dans un cabinet de groupe de 3 médecins généralistes, situé au cœur d’un quartier défavorisé. Le contexte est hélas banal dans notre pays, chômage élevé, familles à la dérive, souvent mono-parentales, néo-immigrants mal intégrés, salaires au plancher quand il y a un salaire, économie souterraine omniprésente (trafics et travail au noir).
Notre patientèle est jeune, pauvre, non solvable. Nous avons un taux important de CMU et de RMI. Dès 1997 nous avons immédiatement pris l’Option Médecin-Référent (OMR) qui nous a permis de développer massivement le tiers-payant (90% de nos actes environ), solvabilisant ainsi une large frange de notre population, trop "riche" pour la CMU, pas assez pour faire facilement l’avance des frais pour les soins (ou paiement direct des honoraires).
Comme toujours un exemple simple permet de mieux comprendre : une famille où seul l’un des parents travaille avec un petit salaire, pas de CMU mais une Mutuelle. Les fins de mois commencent tôt. Les trois enfants sont malades, la grippe par exemple, cela fait 3 C à 20 € soient 60 € voire 65 ou 70 € si les enfants ont moins de deux ans. Pour cette famille verser cette somme est impossible ou très difficile. Seules solutions, faire consulter un seul des enfants, "je peux donner son sirop aux autres, docteur ?" et travail gratuit du médecin, ou bien consulter aux Urgences du CH qui pratiquent le tiers payant. Avec l’OMR cette situation avait disparu, à la satisfaction mutuelle des patients et des médecins.
Dans notre cabinet, nous avons estimé d’emblée que le forfait que nous versaient les Caisses devait être intégralement consacré à notre cabinet. L’OMR pour nous devait être "partagée" au moins en partie avec nos secrétaires. Nous avons pu augmenter les horaires de nos deux secrétaires, leurs salaires (nous avons institué un treizième mois) et embaucher une troisième. Résultat, un meilleur accueil, un meilleur suivi administratif, et souvent certains problèmes qui se résolvent dès le secrétariat. Sur le plan matériel nous avons pu faire d’importants investissements (informatiques en particuliers) qui sans l’OMR aurait été reporté ou annulés.
Pour nous médecins, l’OMR a représenté une nette amélioration de notre situation financière, représentant une part "non-compensable " (comme dit mon comptable) de nos revenus. Je viens de recevoir mon RIAP de 2004 et l’OMR représente exactement 23% de mon chiffre d’affaire (l’affreux mot !), c’est à dire une part double (environ) de mes revenus nets. Je ne vois pas comment je peux survivre financièrement à un tel coup. Et si l’accord de convergence prévoit (peut-être ?) un amortissement de la transition, j’ai quelque doute qu’il soit à la hauteur des enjeux.
Mais surtout, surtout, l’OMR a changé nos relations avec nos patients. À la fin de la consultation, ne plus avoir à se préoccuper du "combien je vous dois, docteur", outre le gain de temps que cela représente, améliore la relation médicale. Je n’en avais pas conscience avant à ce point, mais encaisser les honoraires à la fin de chaque consultation pourrit insidieusement l’ambiance entre médecins et patients. À mon avis cela souligne l’antagonisme d’intérêts financiers entre les uns et les autres et il ne me semble pas bon de le marquer ainsi à chaque fois.
Les conséquences de la suppression de l’OMR pour notre cabinet de groupe ? Licenciement d’une des trois secrétaires (par chance une va partir à la retraite et ne sera donc pas remplacée), baisse de leurs horaires et de leurs revenus. Vont-elles l’accepter et rester ? Ce n’est pas sur du tout, donc à terme un grave problème de secrétariat. Arrêt ou ralentissement des investissements matériels (informatique, mobilier, amélioration de la salle d’attente, etc…). Il ne nous est plus possible depuis le 22 décembre dernier de pouvoir faire un projet professionnel sérieux. L’incertitude nous paralyse. Pour nous, la perte du tiers-payant, vu notre profil de patientèle, entraînera une baisse des actes plus importante que pour la majorité des collègues. Outre notre cabinet, comment pourrons nous faire face à nos charges (CARMF, URSSAF, impôts, taxe professionnelle) sans couler ? Je ne sais pas. Il y a un vrai risque de disparition de sept emplois en tout dans notre cabinet (les 3 médecins, les 3 secrétaires et la femme de ménage). Les locaux se revendront toujours, mais à notre âge recommencer la course aux actes, non merci ! Aucun de nous trois ne l’envisage. Le report des actes se fera comme il y a quelques années, sur les structures qui pratiquent le tiers payant, c’est à dire Urgences Hospitalières et PMI. Nous étions en outre tous les trois des médecins particulièrement économes dont la disparition va coûter fort cher aux Caisses. Enfin nous étions quasiment les seuls sur l’agglomération à prendre en charge, en milieu libéral et en ville, certaines populations, en particuliers les demandeurs d’asile et les toxicomanes. Si nous disparaissons, que vont-ils devenir ? L’OMR était particulièrement adaptée à la prise en charge de ces populations, sa disparition va freiner leur accès aux soins.
nous avons environ 1500 contrats med ref ( pour 3 medecins associes ) ce qui fait autour de 450000Fr ou 70 000Euros par an. cela nous a permis d’augmenter le temps de secretariat de 50 % d’amenager le cabinet ( clim…) d’acheter du materiel ( ECG, petite chir, dermato ) de travailler en confiance avec les patients, de prendre plus de temps par patient. Que penser d’un syndicat qui est satisfait de diminuer les revenus d’une partie des personnes qu’il est censé representer pour donner à d’autres mieux pourvus par ailleurs ????
Perso, je perd directement :
- 18600 Euros de forfait
- Je réduirai les heures de la femme de service
- J’ annulerai mon abonnement à une banque de données pour l’ optimisation des ordos et la prescription en DCI.
- Je résilierai un abonnement à un téléphone GSM.
- J’ arrête ou je réduit ma FMC ( course à l’ acte oblige)
- Je reprendrai des visites à dom et de plus en plus jusqu’ à ce que j’ en crève .
- Je ferai payer toutes sortes de consultations pour montrer à nos technos que leurs mesures n’ ont rien à voir avec des économies et génèreront encore plus de dépense.
- j’ en voudrai à la terre entière et en particulier à ces "salopards" de "politiquards" surtout RAFARIN, PDB,XB et ceux qui sont dans l’ ombre de m’ avoir mis en difficultés financières et m’ empêcheront d’ aider mes enfants et mes petits enfants, après avoir galèré depuis 29 ans pour rester dans la course du savoir et de l’ équipement !!!!!!!!!!!
- Je n’ ai pas encore fini de payer mon cabinet et ça c’ est une autre histoire avec le banquier, en effet quand j’ ai fait mes emprunts j’ ai fait en même temps la "connerie" de faire confiance, à mon syndicat, à l’ ETAT et à la médecine.990 Euros par mois soit 11880 Euros par an et ce pendant encore 7 ANS.
Va voir sur le site ce qui me reste à payer pendant que certains ministres se tapent 16000 Euros de bonus rien que pour "l’appart."
Sans commentaire
Ce que je ne peux pas chiffrer c’ est la plaie morale et l’ humiliation que j’ ai eu et, que j’ aurai encore plus, quand je vais devoir tendre la main pour réclamer mes 20 misérables Euros à mes patients qui auront, bien sûr, oublié le chéquier et le porte monnaie à la maison. C’ est aussi la déconsidération aux yeux de tous y compris de ceux qui vous sont proches """"MON REVERENT""""
il y a longtemps que j’y pense, c’est l’occasion de vider mon sac…
J’ai 56 ans, 29 ans d’installation.
15 premières années, je n’y connaissais rien, j’ai pratiqué une médecine "de merde" mais avec beaucoups de bonne volonté, donc un noyau de patients fidèles.
Enfin j’ai rencontré ma vraie fac, c’était MGForm, la Revue Prescrire, le CNGE….
Beaucoup d’espoir, beaucoup de travail non rémunéré jusqu’en 98.
La récompense : nouveau cabinet, de plus en plus d’informatique, une secrétaire (pour moi tout seul), le travail exclusif sur RV, 20 minutes minimum par patient, beaucoup d’intervalles de temps libre pour gérer les dossiers, en l’absence des patients (700 patients sous option médecin référent), de plus en plus de stagiaires à mon cabinet, de plus en plus de formation continue, Depuis l’an dernier, participation à une UPL, animation des ED de 3e cycle à la FAc de Lille….. Bref, enfin , le pied !
A ce rythme-là, il y a 6 mois, j’étais prêt à rempiler pour au moins 15 ans si ma santé me le permettait.
Maintenant, je pense sérieusement à faire étudier (sans espoir) mon cas personnel à la CARMF. Je suis même prêt à m’arrêter sans retraite pour profiter un peu de la vie.
Voyons mon histoire "financière" : les 15 premières années, celles dont je ne suis pas fier, m’ont permis de mettre de côté un petit capital…
De 91 à 98, je l’ai écorné pour financer ma "recherche" professionnelle.
Pendant la période OMR, stabilité, je maintenais l’équilibre en travaillant mieux et un peu moins.
Maintenant, avec la réforme , comme je ne veux ni ne peux plus reprendre l’abattage , j’ai deux solutions : ou je finance mon fonctionnement de cabinet en puisant dans mes réserves personnelles pendant 9 ans, ou je consacre la même somme annuelle à financer des loisirs et des vacances de pré-retraité…
Parenthèse : mon fournisseur de matériel informatique et ma secrétaire (surtout elle) se font du souci.
Note d’espoir : les étudiants en Médecine Générale sont de moins en moins nombreux, et ils pourraient même hésiter à s’installer tout de suite.
Les "vieux" pourraient massivement, comme moi, avoir envie de retraite anticipée, ce qui, avouons -le , ne ferait pas l’affaire des générations intermédiaires, surtout à la campagne. C’est peut-être un bon moyen de pression ; je rêve d’un MICA inversé : le pactole pour que nous consentions à continuer d’exercer !
C’est bon de rêver. Merci de m’en avoir donné l’occasion.
Pour répondre à la demande d’Hélène ceci est un témoignage personnel en date du 2 janvier 2005 concernant ma vision de l’OMR envoyé sur d’autres listes de diffusion. Il est toujours d’actualité.
Je peux préciser que cette année je redeviens non imposable, que mon épouse a réussi à trouver un travail à mi-temps à compter de cet été, et que c’est en septembre que je vais prendre ma décision de continuer à avoir une activité de soins ou non. Mais quoiqu’il en soit ma capacité de nuisance envers les nombreux connards qui cherchent à détruire l’idée que je me fais de la médecine reste totale. J’ai la même détermination pour aider et soutenir ceux qui partagent cette même vision de la médecine, et si je ne peux plus le faire sur le terrain, je le ferai à une autre échelle.
Ils ne perdent rien pour attendre.
J’ai été un des premiers adhérents de l’OMR en 97 parce que je rencontrais toutes les semaines dans la rue devant mon cabinet Mme Dupont, dont le mari était smicard avec ses 5 enfants, sans mutuelle, diabétique non traitée et non prise en charge en ALD et qui me disait à chaque fois : "Docteur, ce mois ci, c’est promis je viens vous voir." Et elle ne venait jamais. Ce qui l’a fait venir c’est quand elle a pu avoir le tiers payant. Elle pouvait avancer 30 francs, mais pas 105. Là j’ai pu la prendre en charge, la mettre en ALD, faire de l’éducation à la santé, la soigner quoi. Depuis cette date, ça va.
Au départ si j’ai choisi l’OMR c’était uniquement pour elle et pour tous les autres qui sont venus enfin se soigner grâce au tiers-payant. Dans mon quartier (Roubaix est la ville la plus pauvre de France et l’espérance de vie de mes patients est celle du Soudan : 58 ans), pour les quelques uns qui n’avaient pas les feuilles jaunes à l’époque ou la CMU maintenant, la possibilité du tiers payant était la possibilité d’accéder à un droit, un droit de l’homme.
Si c’est un droit de l’homme, comme écrit dans la déclarationuniversellede1948, alors l’accès aux soins ne se mérite pas, ne doit pas coûter à quiconque (ça ne veut pas dire dire gratuit pour tous), ne doit pas remettre en question la nourriture des enfants, le paiement de son loyer, ni même ses congés pour ceux qui en ont. Ce que j’ai écrit là a été le sujet de mon premier article dans le Forum de Prescrire en février 98 : "l’accès aux soins est un droit de l’homme". Lisez-le. Les chiens en France n’ont pas besoin de savoir la valeur des soins vétérinaires quand ils sont malades : il suffit qu’ils aient un maître qui les aime. Ca suffit. Mes malades n’ont que cette phrase à la bouche devant les injustices qui font leur vie : "On n’est pas des chiens quand même." Faire payer ce qui est un droit de l’homme en détruisant les fragiles équilibres de la vie des plus faibles, c’est les traiter moins bien que des chiens.
C’est en ce sens que je considère que je suis, en tant que soignant, prestataire d’un droit de l’homme et aucunement vendeur d’un service à valeur ajoutée qu’il faut faire payer pour se rendre compte de son importance. Et que je me bats même contre les professionnels et les patients qui, influencés par le système sociétal marchand, sont dans cette logique-là. Dans cette optique pour moi d’accès à un droit de l’homme, la valeur et la reconnaissance de ce que je fais et je suis ne peut avoir aucun rapport avec une quelconque valeur numéraire ou matérielle dont le patient-souffrant devrait s’acquitter pour bien comprendre l’importance du service rendu. Etre en état de souffrance est suffisant pour accéder aux soins, pas besoin de le faire payer en sus.
J’aurais même tendance à penser que s’il faut être dans cette logique du paiement pour que des patients-souffrants comprennent et respectent notre place, c’est qu’ils ne sont pas, pour l’instant, en état de réelle souffrance, et qu’ils n’ont rien à faire chez moi, et je me charge de le leur expliquer.
C’est entre autre pour cette raison que j’ai peu de patients (2925 actes cette année 2004), que je soigne très peu de rhinos ou de bobologie, que 60 % de mes patients sont en ALD, etc… Mon nouvel associé, à l’époque où il remplaçait dans la région me disait : "chez toi il y a peu de patients, mais ils sont tous malades. Par rapport aux autres médecins, il te manque juste ceux qui n’ont rien".
Je ne cache pas que cette description me convenait.
C’est donc dans ce contexte que je suis devenu référent, au départ uniquement pour permettre l’accès aux soins à nombre de mes patients, ensuite parce que le revenu annexe de ces quelques 200 options référents me permettait de continuer à faire les choix éthiques, médicaux, humains qui me permettent d’être fier de mon travail et de me regarder dans la glace le matin et qui, dans le prolongement de ces choix, m’ont conduit à créer le CoMeGAS en 2003 (collectif des médecins généralistes pour l’accès aux soins) et le Formindep en 2004.
Pour cette année 2004, compte tenu des frais liés à mon association, nouveau cabinet, etc…, mon revenu net sera de moins de 25OOO euros, pour une famille de trois enfants de 8, 10 et 13 ans, mon épouse ayant choisi de ne pas travailler. Compte tenu du fait que les quelques revenus annexes que j’avais avec l’enseignement, duquel j’ai démissionné début octobre suite à l’affaire du Vioxx, ont disparu ; compte tenu du fait que j’ai renoncé à être chargé de mission à la revue Prescrire pour gérer le Formindep, et donc également à un revenu de 900 euros par mois, une fois que me seront retirés les 9000 euros annuels de l’OMR, voyons ce qui me restera pour faire vivre ma famille et préparer l’avenir de mes enfants.
En sachant que mon associé vient de créer et fait en moyenne 4 à 5 actes par jour, je pense que vous serez d’accord avec moi pour reconnaître que c’est clairement notre avenir de soignants, et familial, qui est mis en jeu à court terme.
Et en toute immodestie, si des médecins comme mon associé et moi-même ne peuvent plus exercer leur métier dans ce pays, ça me fout carrément les boules, car ça en dit long sur l’état de la médecine dans ce pays.
Alors oui, dans ce système, l’OMR permettait d’abord à mes patients peu riches de se soigner et à des médecins comme moi de vivre leurs choix humains et éthiques non pas dans un confort matériel, mais sans trop de gêne.
Il est sûr que je partage pas l’argumentation corporatiste qui fleurit ici et là sur des listes disant que grâce à l’OMR on pouvait se remplir les poches sans se fatiguer. Je trouve cette argumentation contre-productive car pervertissant l’objet de l’OMR. Pour moi l’OMR et le tiers-payant associé étaient clairement un outil de soins éthique, au delà des considérations politiciennes ou de pouvoir auxquelles je suis et reste étranger.
Je réponds sur la liste parce que je pense (modestement !) que lire les réactions de chacun à ce problème peut être intéressant pour les colistiers.
Actuellement : OMR = 10000 e/an. Forfaits MT + MNO + utilisation optimisée de la nomenclature (DE notamment) = 6500 ou 7500 e/an, voire plus. Donc ce ne sera pas la catastrophe financière pour moi et ça ne changera rien à mes investissements.
Le principal problème : la perte ( ?) du tiers payant.
Le principal avantage : le statut officiel de "médecin traitant", encore largement virtuel qu’il va falloir concrétiser (cf les contributions précédentes d’Alain Boutry qui ont bien posé le problème).
AVEC LA REMUNERATION DES FORFAITS DES DOSSIERS J’AI EMBAUCHE UNE SECRETAIRE SEUL DANS LE CABINET POUR MOI L’OPTION DOIT SURVIVRE SURTOUT QUE JE SUIS DANS UNE ZONE DEFAVORISEE 20% CMU 70% OUVRIER D’USINE 10% ETUDIANT JE VIS DE L’OPTION REFERENT
