Le rapport annuel de la Cour des comptes a été déposé et, une fois n’est pas coutume, met à l’index la gestion des dépenses de santé, chaque acteur du système s’en prenant pour son compte.
Sans commenter les 444 pages du rapport, il m’apparaissait néanmoins opportun de relever que selon ses auteurs, la démographie médicale ne serait pas un problème en soi, la difficulté étant concentrée autour d’une disparité des spécialités médicales et des zones géographiques.
Ainsi, conclut le rapport, la gestion du cursus des études médicales ne permet pas la sortie d’un nombre suffisant de médecins généralistes tandis que les aides incitatives à l’installation en zone sous médicalisée n’ont pas porté leurs fruits, de telle sorte qu’il conviendrait, selon nos sages, de privilégier des mesures d’incitation négative en remettant en cause le principe de la liberté d’installation comme l’avait suggéré quelques jours plus tôt le président de l’UNCAM.
Les choses sont donc entendues, il n’y pas assez de médecins généralistes parce que, est – il expliqué, la gestion du numerus clausus et des épreuves classantes nationales ne garantit pas, notamment, la sortie d’un nombre suffisant d’étudiants dans cette discipline.
Je me réjouis vivement de ce qu’il soit fait le constat de ce que notre pays manque de médecins généralistes, mais je demeure circonspect sur les raisons avancées pour justifier cette carence.
La lecture du rapport de la Cour des compte sur cette question précise passe à côté d’un facteur essentiel jamais évoqué dans tous les rapports et comptes rendus officiels : l’Homme.
Et oui ! Pardon de le dire, mais les réformes de la gestion du numérus clausus et de l’examen classant national, aussi utiles puissent – elles être, ne doivent pas nous faire passer à côté de la vraie et finalement seule question importante : le métier de médecin généraliste attire – t – il encore les étudiants en médecine ?
Cette question est essentielle en ce qu’elle touche aux fondements mêmes des études de médecine, mais elle est douloureuse parce qu’elle nous contraint à réfléchir à l’image que nous avons tous, à notre niveau, véhiculé du médecin généraliste.
Tout le monde sait bien que la médecine générale est, avec la médecine du travail, la discipline choisie en dernier par les étudiants, laquelle souffre d’une désaffection patente et évidente et dont les raisons tiennent sans nul doute à l’organisation des études de second cycle d’études médicales, mais certainement pas exclusivement.
L’étudiant en médecine ne peut qu’être frappé de ce que tout au long du sinueux cursus qui est le sien, les enseignements ne sont dispensés que par des enseignants hospitalo – universitaires qui, par définition, ne sont pas des médecins généralistes puisque cette discipline n’est pas hospitalière.
Cela signifie ainsi que tout le cursus des études médicales repose sur des spécialistes et que l’étudiant en médecine n’aura, sauf exceptions très limitativement énumérées, jamais affaire au médecin généraliste, rappelant que les cas généralement soumis sont presque systématiquement des cas hospitaliers et non de médecine générale.
Sans commenter les 444 pages du rapport, il m’apparaissait néanmoins opportun de relever que selon ses auteurs, la démographie médicale ne serait pas un problème en soi, la difficulté étant concentrée autour d’une disparité des spécialités médicales et des zones géographiques.
Ainsi, conclut le rapport, la gestion du cursus des études médicales ne permet pas la sortie d’un nombre suffisant de médecins généralistes tandis que les aides incitatives à l’installation en zone sous médicalisée n’ont pas porté leurs fruits, de telle sorte qu’il conviendrait, selon nos sages, de privilégier des mesures d’incitation négative en remettant en cause le principe de la liberté d’installation comme l’avait suggéré quelques jours plus tôt le président de l’UNCAM.
Les choses sont donc entendues, il n’y pas assez de médecins généralistes parce que, est – il expliqué, la gestion du numerus clausus et des épreuves classantes nationales ne garantit pas, notamment, la sortie d’un nombre suffisant d’étudiants dans cette discipline.
Je me réjouis vivement de ce qu’il soit fait le constat de ce que notre pays manque de médecins généralistes, mais je demeure circonspect sur les raisons avancées pour justifier cette carence.
La lecture du rapport de la Cour des compte sur cette question précise passe à côté d’un facteur essentiel jamais évoqué dans tous les rapports et comptes rendus officiels : l’Homme.
Et oui ! Pardon de le dire, mais les réformes de la gestion du numérus clausus et de l’examen classant national, aussi utiles puissent – elles être, ne doivent pas nous faire passer à côté de la vraie et finalement seule question importante : le métier de médecin généraliste attire – t – il encore les étudiants en médecine ?
Cette question est essentielle en ce qu’elle touche aux fondements mêmes des études de médecine, mais elle est douloureuse parce qu’elle nous contraint à réfléchir à l’image que nous avons tous, à notre niveau, véhiculé du médecin généraliste.
Tout le monde sait bien que la médecine générale est, avec la médecine du travail, la discipline choisie en dernier par les étudiants, laquelle souffre d’une désaffection patente et évidente et dont les raisons tiennent sans nul doute à l’organisation des études de second cycle d’études médicales, mais certainement pas exclusivement.
L’étudiant en médecine ne peut qu’être frappé de ce que tout au long du sinueux cursus qui est le sien, les enseignements ne sont dispensés que par des enseignants hospitalo – universitaires qui, par définition, ne sont pas des médecins généralistes puisque cette discipline n’est pas hospitalière.
Cela signifie ainsi que tout le cursus des études médicales repose sur des spécialistes et que l’étudiant en médecine n’aura, sauf exceptions très limitativement énumérées, jamais affaire au médecin généraliste, rappelant que les cas généralement soumis sont presque systématiquement des cas hospitaliers et non de médecine générale.
Il n’entendra donc ni au cours du premier ni au cours du second cycle parler de la médecine générale, dont finalement il ne sait pas grand-chose, rappelant que le stage en cabinet de médecine de ville peut assez facilement être occulté.
Tout ce qu’il sait est qu’il s’agit d’une profession très contraignante cumulant permanence des soins, visites à domicile et amplitude horaire très importante, imposant souvent de travailler le samedi matin, à la valeur ajoutée intellectuelle beaucoup moins importante que les autres disciplines médicales.
Il ne fait nul doute que cet élément, ajouté à des perspectives de carrière finalement peu réjouissantes, pèse sur le choix des étudiants en médecine.
La question se pose donc naturellement de la refonte du cursus médical pour permettre à une profession, pivot du système de santé, de prendre toute sa place.
Cependant, quelles que soient les réformes qu’il s’agira de mettre en œuvre, je crains pour ma part que celles-ci ne demeurent insuffisantes, tant il est constant que ce qui est en cause à travers la désaffection du métier de médecin généraliste est finalement peu ou prou la valeur fondamentale que notre société accorde au don de soi comme modèle de construction sociale et personnelle.
En effet, nous n’échapperons pas à la question de savoir quelle image nous véhiculons du médecin généraliste, et quel regard nous sommes conduits à porter sur celui-ci ?
Mais derrière cette question, une beaucoup plus exigeante, plus douloureuse encore, se pose à nous, qui est celle de savoir quel modèle de carrière proposons nous à ceux qui un jour ont décidé de faire médecine ?
Le médecin généraliste est le pivot du système de santé en ce qu’il est le médecin du quotidien, celui d’aujourd’hui et de maintenant : supprimons celui-ci, et c’est tout le système de santé qui s’effondrera comme un château de carte.
Il est celui vers qui les patients se tournent d’abord, et avant d’être l’homme de la pathologie, il est celui du malade, car personne ne connaît mieux ses patients que lui, ce que confirme le choix de celui-ci en qualité de médecin traitant à plus de 95 %.
Cette médecine du sujet est exigeante car elle nécessite d’être à l’écoute, de développer un sens du diagnostique clinique tellement affiné qu’il doit transcender les doléances de patients souvent incapables de les exprimer.
Cette médecine est également exigeante au regard des renoncements et sacrifices qu’elle suppose, plus particulièrement encore en zone rurale où le médecin est tellement omnipraticien qu’il finit par en devenir homme orchestre, au détriment d’un équilibre personnel et familial qui, tôt ou tard va se rompre, plaçant alors celui-ci dans une grande et profonde solitude.Dans une société de l’immédiateté, dans un monde de néologismes (RTT, CET…), il faut bien le dire, le profil du médecin travaillant 6 jours sur 7 pour ses patients, et le 7ème jour pour l’assurance maladie, contraint de se justifier en permanence, noyé au milieu des paperasses, ne fait plus recette, bien des étudiants s’orientant vers des carrières hospitalières, à l’abri de toutes les contraintes de l’exercice libéral de la médecine d’une part, et ne souhaitant surtout pas être surexposés de manière permanente comme l’est le médecin généraliste d’autre part.
Car là est le nœud du problème : médecin pivot du système de santé, il est aussi montré publiquement du doigt comme responsable de l’envolée des dépenses de santé, prescrivant trop d’arrêts de travail, cédant trop facilement à la pression de patients sur consommateurs de médicaments, etc…
Ainsi, naît doucement le mythe du médecin irresponsable, le législateur s’étant plu au fil des années à donner des instruments de plus en plus coercitifs aux organismes d’assurance maladie, propre à tout simplement mettre les médecins généralistes au pas.
Bien sûr, j’entends les critiques que ne manquera pas de susciter un tel propos, et principalement le fait que les textes ne visent jamais les médecins généralistes, mais sont communs à tous les praticiens.
Certes, mais il ne faut pas se cacher derrière son doigt, et l’expérience montre de manière incontestable que les premiers concernés demeurent les médecins généralistes, car incontestablement, ils sont les premiers prescripteurs d’arrêt de travail par exemple, ce qui est étroitement lié à leur qualité de médecin traitant.
Enfin, que dire de l’émergence sans doute heureuse de la spécialité de médecine générale, discipline spécifique disposant de son DES, comme toutes les autres spécialités, laquelle s’est néanmoins accompagnée d’un refus catégorique de nivellement des honoraires sur ceux des autres spécialistes, les vrais ?
Que dire lorsqu’un ministre commande un rapport entier sur la question de savoir si la cotation de l’acte de base du médecin spécialiste en médecine générale doit être égale à celle des autres spécialistes ?
Et que dire lorsque ce rapport en arrive à la conclusion que le médecin généraliste ne peut pas être un spécialiste comme les autres, en ce qu’il demeure omnipraticien, et que dès lors, il ne peut côter CS comme ses confrères spécialistes ?
La seule chose à dire est que nous pouvons nous cacher derrière notre doigt tant que nous voulons, et proposer toutes les réformes du cursus des études médicales que nous voulons : tant que nous n’aurons pas changé notre regard sur ceux qui se donnent inlassablement aux autres, en vérité, en humilité, sans tapage, nous manquerons de médecins généralistes.
Or, comment changer notre regard sur ces « humanistes » lorsque nos institutions elles – mêmes ne leur accordent que des demi – réformes destinées à apaiser les esprits plus qu’à véritablement opérer une refonte du statut de médecin généraliste ?
Preuve en est avec la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 mise en œuvre par le décret n°2004 – 67 du 16 janvier 2004 au terme de laquelle tous les étudiants en médecine qui souhaitent effectuer un troisième cycle d'études médicales doivent se présenter aux épreuves nationales classantes de l'internat.
Le concours de l’internat est donc commun à tous les étudiants et la médecine générale est donc dès lors reconnue comme une spécialité.
Cette réforme aurait pu être intéressante si elle avait pris en compte en amont tous les aspects et toutes les conséquences que la reconnaissance de la médecine générale comme spécialité universitaire entraîne.
Désormais, il n’existe plus deux catégories de médecins, à savoir les médecins généralistes d’un côté et les médecins spécialistes de l’autre, mais bel et bien une seule catégorie de praticiens adoptant l’appellation de spécialistes.
Cette reconnaissance de la médecine générale comme spécialité à part entière, même sommaire, est un premier pas en avant qu’il ne faut surtout pas faire suivre de trois pas en arrière, bien au contraire, ce qui est malheureusement en train de s’opérer.
Elle doit permettre, à terme, d’attribuer les mêmes prérogatives dont jouissent les médecins spécialistes dans des spécialités historiques aux médecins spécialistes en médecine générale, notamment en matière de cotation.
Or, c’est sur cet aspect des choses que le bas blesse puisque la cotation en CS, cotation spécifique aux médecins spécialistes, est refusée aux médecins spécialistes en médecine générale au motif qu’ils demeurent avant tout des omnipraticiens.
Dans un Etat où le droit public consacre l’obligation de traiter de manière identique des personnes se trouvant dans des situations identiques, le refus de permettre à ces spécialistes de coter leurs actes en CS est plus qu’inquiétant.
Les étudiants se destinant à la spécialité de médecine générale suivent le même cursus universitaire que leurs camarades jusqu’au troisième cycle des études médicales qui est sanctionné par un diplôme d’études spécialisées (DES) ou un diplôme d’études spécialisées complémentaires (DESC) : ils doivent donc se présenter à des examens afin de faire reconnaître leur aptitude à exercer la médecine.
L’arrêté du 22 septembre 2004 fixant la liste des DES identifie clairement la médecine générale comme spécialité au même titre que les autres disciplines comme les spécialités médicales, les spécialités chirurgicales, la médecine du travail, etc…
Ainsi, l’on oblige les médecins se destinant à la médecine générale à se soumettre aux mêmes exigences que ceux choisissant une spécialité historique en même temps qu’on leur refuse la cotation de leurs actes en CS.
Pourtant, ce droit est reconnu aux médecins spécialistes selon les dispositions de la NGAP.
Le rapport de monsieur Pierre – Louis Lancry sur les conséquences de la réforme de janvier 2004 sur la médecine générale propose une alternative à la cotation en CS : il s’agit de la cotation en CG.
Celui – ci admet qu’elle ne pourrait être inférieure à la cotation CS ; dans ce cas, pourquoi compliquer le mécanisme ?
La réponse à cette question se trouve dans ce même rapport : « le spécialiste en médecine générale est un spécialiste par son titre et un omnipraticien par sa pratique. »
Il est inacceptable que le DES de médecine générale soit un DES au rabais et que le médecin généraliste soit un médecin spécialiste avec un statut à part.
Que faut – il penser de ces textes qui d’un côté prévoit la reconnaissance de la médecine générale comme spécialité et de l’autre refusent les avantages liés à cette reconnaissance hormis qu’ils sont le fruit de considérations iniques et partant inacceptables ?
Il convient de ne pas perdre de vue que la différence de cotation de base entre C et CS n’est finalement que d’un Euro, de sorte qu’il serait naïf de croire que les tergiversations autour de la reconnaissance du statut de médecin spécialiste en médecine générale ne seraient justifiées que par des considérations financières seules, posant ainsi ouvertement et légitimement la question des motivations et des réticences ?
Poser la question c’est déjà y répondre, et ceux qui ont décidé de côter CS savent bien que ce combat n’est autre que celui de la dignité, consubstantielle à la mission de service public impartie au médecin, nécessitant que chacun prenne sa part à celui-ci, entrant dans une nécessaire résistance qui transcende leur seule personne, mais a trait à ce qu’il y a de plus fondamental : l’avenir de la spécialité, tant il est constant qu’à ce rythme, c’est bel et bien celui-ci qui est menacé...
Tout ce qu’il sait est qu’il s’agit d’une profession très contraignante cumulant permanence des soins, visites à domicile et amplitude horaire très importante, imposant souvent de travailler le samedi matin, à la valeur ajoutée intellectuelle beaucoup moins importante que les autres disciplines médicales.
Il ne fait nul doute que cet élément, ajouté à des perspectives de carrière finalement peu réjouissantes, pèse sur le choix des étudiants en médecine.
La question se pose donc naturellement de la refonte du cursus médical pour permettre à une profession, pivot du système de santé, de prendre toute sa place.
Cependant, quelles que soient les réformes qu’il s’agira de mettre en œuvre, je crains pour ma part que celles-ci ne demeurent insuffisantes, tant il est constant que ce qui est en cause à travers la désaffection du métier de médecin généraliste est finalement peu ou prou la valeur fondamentale que notre société accorde au don de soi comme modèle de construction sociale et personnelle.
En effet, nous n’échapperons pas à la question de savoir quelle image nous véhiculons du médecin généraliste, et quel regard nous sommes conduits à porter sur celui-ci ?
Mais derrière cette question, une beaucoup plus exigeante, plus douloureuse encore, se pose à nous, qui est celle de savoir quel modèle de carrière proposons nous à ceux qui un jour ont décidé de faire médecine ?
Le médecin généraliste est le pivot du système de santé en ce qu’il est le médecin du quotidien, celui d’aujourd’hui et de maintenant : supprimons celui-ci, et c’est tout le système de santé qui s’effondrera comme un château de carte.
Il est celui vers qui les patients se tournent d’abord, et avant d’être l’homme de la pathologie, il est celui du malade, car personne ne connaît mieux ses patients que lui, ce que confirme le choix de celui-ci en qualité de médecin traitant à plus de 95 %.
Cette médecine du sujet est exigeante car elle nécessite d’être à l’écoute, de développer un sens du diagnostique clinique tellement affiné qu’il doit transcender les doléances de patients souvent incapables de les exprimer.
Cette médecine est également exigeante au regard des renoncements et sacrifices qu’elle suppose, plus particulièrement encore en zone rurale où le médecin est tellement omnipraticien qu’il finit par en devenir homme orchestre, au détriment d’un équilibre personnel et familial qui, tôt ou tard va se rompre, plaçant alors celui-ci dans une grande et profonde solitude.Dans une société de l’immédiateté, dans un monde de néologismes (RTT, CET…), il faut bien le dire, le profil du médecin travaillant 6 jours sur 7 pour ses patients, et le 7ème jour pour l’assurance maladie, contraint de se justifier en permanence, noyé au milieu des paperasses, ne fait plus recette, bien des étudiants s’orientant vers des carrières hospitalières, à l’abri de toutes les contraintes de l’exercice libéral de la médecine d’une part, et ne souhaitant surtout pas être surexposés de manière permanente comme l’est le médecin généraliste d’autre part.
Car là est le nœud du problème : médecin pivot du système de santé, il est aussi montré publiquement du doigt comme responsable de l’envolée des dépenses de santé, prescrivant trop d’arrêts de travail, cédant trop facilement à la pression de patients sur consommateurs de médicaments, etc…
Ainsi, naît doucement le mythe du médecin irresponsable, le législateur s’étant plu au fil des années à donner des instruments de plus en plus coercitifs aux organismes d’assurance maladie, propre à tout simplement mettre les médecins généralistes au pas.
Bien sûr, j’entends les critiques que ne manquera pas de susciter un tel propos, et principalement le fait que les textes ne visent jamais les médecins généralistes, mais sont communs à tous les praticiens.
Certes, mais il ne faut pas se cacher derrière son doigt, et l’expérience montre de manière incontestable que les premiers concernés demeurent les médecins généralistes, car incontestablement, ils sont les premiers prescripteurs d’arrêt de travail par exemple, ce qui est étroitement lié à leur qualité de médecin traitant.
Enfin, que dire de l’émergence sans doute heureuse de la spécialité de médecine générale, discipline spécifique disposant de son DES, comme toutes les autres spécialités, laquelle s’est néanmoins accompagnée d’un refus catégorique de nivellement des honoraires sur ceux des autres spécialistes, les vrais ?
Que dire lorsqu’un ministre commande un rapport entier sur la question de savoir si la cotation de l’acte de base du médecin spécialiste en médecine générale doit être égale à celle des autres spécialistes ?
Et que dire lorsque ce rapport en arrive à la conclusion que le médecin généraliste ne peut pas être un spécialiste comme les autres, en ce qu’il demeure omnipraticien, et que dès lors, il ne peut côter CS comme ses confrères spécialistes ?
La seule chose à dire est que nous pouvons nous cacher derrière notre doigt tant que nous voulons, et proposer toutes les réformes du cursus des études médicales que nous voulons : tant que nous n’aurons pas changé notre regard sur ceux qui se donnent inlassablement aux autres, en vérité, en humilité, sans tapage, nous manquerons de médecins généralistes.
Or, comment changer notre regard sur ces « humanistes » lorsque nos institutions elles – mêmes ne leur accordent que des demi – réformes destinées à apaiser les esprits plus qu’à véritablement opérer une refonte du statut de médecin généraliste ?
Preuve en est avec la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 mise en œuvre par le décret n°2004 – 67 du 16 janvier 2004 au terme de laquelle tous les étudiants en médecine qui souhaitent effectuer un troisième cycle d'études médicales doivent se présenter aux épreuves nationales classantes de l'internat.
Le concours de l’internat est donc commun à tous les étudiants et la médecine générale est donc dès lors reconnue comme une spécialité.
Cette réforme aurait pu être intéressante si elle avait pris en compte en amont tous les aspects et toutes les conséquences que la reconnaissance de la médecine générale comme spécialité universitaire entraîne.
Désormais, il n’existe plus deux catégories de médecins, à savoir les médecins généralistes d’un côté et les médecins spécialistes de l’autre, mais bel et bien une seule catégorie de praticiens adoptant l’appellation de spécialistes.
Cette reconnaissance de la médecine générale comme spécialité à part entière, même sommaire, est un premier pas en avant qu’il ne faut surtout pas faire suivre de trois pas en arrière, bien au contraire, ce qui est malheureusement en train de s’opérer.
Elle doit permettre, à terme, d’attribuer les mêmes prérogatives dont jouissent les médecins spécialistes dans des spécialités historiques aux médecins spécialistes en médecine générale, notamment en matière de cotation.
Or, c’est sur cet aspect des choses que le bas blesse puisque la cotation en CS, cotation spécifique aux médecins spécialistes, est refusée aux médecins spécialistes en médecine générale au motif qu’ils demeurent avant tout des omnipraticiens.
Dans un Etat où le droit public consacre l’obligation de traiter de manière identique des personnes se trouvant dans des situations identiques, le refus de permettre à ces spécialistes de coter leurs actes en CS est plus qu’inquiétant.
Les étudiants se destinant à la spécialité de médecine générale suivent le même cursus universitaire que leurs camarades jusqu’au troisième cycle des études médicales qui est sanctionné par un diplôme d’études spécialisées (DES) ou un diplôme d’études spécialisées complémentaires (DESC) : ils doivent donc se présenter à des examens afin de faire reconnaître leur aptitude à exercer la médecine.
L’arrêté du 22 septembre 2004 fixant la liste des DES identifie clairement la médecine générale comme spécialité au même titre que les autres disciplines comme les spécialités médicales, les spécialités chirurgicales, la médecine du travail, etc…
Ainsi, l’on oblige les médecins se destinant à la médecine générale à se soumettre aux mêmes exigences que ceux choisissant une spécialité historique en même temps qu’on leur refuse la cotation de leurs actes en CS.
Pourtant, ce droit est reconnu aux médecins spécialistes selon les dispositions de la NGAP.
Le rapport de monsieur Pierre – Louis Lancry sur les conséquences de la réforme de janvier 2004 sur la médecine générale propose une alternative à la cotation en CS : il s’agit de la cotation en CG.
Celui – ci admet qu’elle ne pourrait être inférieure à la cotation CS ; dans ce cas, pourquoi compliquer le mécanisme ?
La réponse à cette question se trouve dans ce même rapport : « le spécialiste en médecine générale est un spécialiste par son titre et un omnipraticien par sa pratique. »
Il est inacceptable que le DES de médecine générale soit un DES au rabais et que le médecin généraliste soit un médecin spécialiste avec un statut à part.
Que faut – il penser de ces textes qui d’un côté prévoit la reconnaissance de la médecine générale comme spécialité et de l’autre refusent les avantages liés à cette reconnaissance hormis qu’ils sont le fruit de considérations iniques et partant inacceptables ?
Il convient de ne pas perdre de vue que la différence de cotation de base entre C et CS n’est finalement que d’un Euro, de sorte qu’il serait naïf de croire que les tergiversations autour de la reconnaissance du statut de médecin spécialiste en médecine générale ne seraient justifiées que par des considérations financières seules, posant ainsi ouvertement et légitimement la question des motivations et des réticences ?
Poser la question c’est déjà y répondre, et ceux qui ont décidé de côter CS savent bien que ce combat n’est autre que celui de la dignité, consubstantielle à la mission de service public impartie au médecin, nécessitant que chacun prenne sa part à celui-ci, entrant dans une nécessaire résistance qui transcende leur seule personne, mais a trait à ce qu’il y a de plus fondamental : l’avenir de la spécialité, tant il est constant qu’à ce rythme, c’est bel et bien celui-ci qui est menacé...
Fabrice DI VIZIO

1 commentaires:
Excellente analyse, cela fait un quart de siècle que les pouvoirs publics "endorment" les médecins généralistes sous un vocable flatteur tout en leur refusant les moyens du rôle qu'ils prétendent leur confier !
La meilleure illustration en est l'écoute des jeunes médecins:
Par exemple au choix des internes, le premier, parmi les mieux classés, qui choisit la médecine générale, le fait sous les sifflets !
Personnellement j'exerce à l'est de lyon, c'est-à-dire sur le quartier des hôpitaux et je soigne de nombreux étudiants en médecine: quand je discute avec eux du choix de la médecine générale la majorité me répondent: « généraliste, c'est nul ! je voudrais faire radiologie, on gagne mieux ça vie et on est moins enbêté ! »
Quant à la démographie, les "sages" de la rue de Cambon, avant d'avancer des analyses et des remèdes "fumeux" devraient écouter les MG: par exemple sur mon quartier, bien qu'en plein CHU, dans une grande ville ... il y a aujourd'hui QUATRE médecins généralistes de moins qu'il y a 25 ans et cela résume le marasme de la MG.
Dr Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP, un "pivot" fatigué
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