Que deviennent les médecins référents ?
mardi 15 novembre 2005
Mardi 15 Novembre 2005
« A quoi reconnaît-on les pionniers des colons ? Les pionniers ont des flèches dans le dos, les colons ont la terre. Nous sommes les pionniers ». Christian Lehmann, membre du conseil d’administration de l’AMedRef, l’association nationale des médecins référents, continue, mois après mois, à défendre l’exercice de la médecine tel que quelque 8.000 professionnels la pratiquent au quotidien depuis quelques années.
Avec la convention médicale signée en janvier dernier, « Michel Chassang et Dinorino Cabrera ont demandé la tête du médecin référent », dénonce-t-il, soulignant toutefois que si la logique du médecin référent a été « violemment combattue » par ces syndicats, ils ont pourtant mis au point un dispositif qui lui ressemble étrangement et, pire, l’ont rendu obligatoire, sans néanmoins prévoir de rémunération spécifique pour le médecin choisi comme médecin traitant. « L’assurance maladie et le gouvernement nous ont demandé de nous engager fortement dans l’option référent, à l’époque de sa mise en œuvre. Les opposants disaient alors que l’option référent rompait avec l’exercice libéral de la médecine. Aujourd’hui, ceux-là même qui s’y opposaient veulent l’imposer à tous », fustige en effet le Dr. Lehmann.
Pour lui et plus largement pour l’association AmedRef, la preuve de la ressemblance des deux dispositifs est simple : beaucoup de gens continuent à employer l’adjectif « référent » quand ils parlent du médecin traitant. Pourquoi avoir tant décrié - et continuer à le faire - un tel dispositif pour reproduire peu ou prou le même schéma, si ce n’est simplement par « idéologie et esprit de revanche » ? A un moment où l’assurance maladie veut faire des économies, comment expliquer en outre de mettre fin à « un système économiquement viable » ?, se demande-t-on du côté des médecins référents. Selon l’AmedRef en effet, alors que le forfait référent représente en moyenne 7070 € par an et par médecin, l’économie engendrée par chaque médecin référent sur le seul poste des prescriptions médicamenteuses approcherait 20.000 € par médecin. Certes, le dispositif du médecin référent n’a pas connu un essor important, « seuls » 14 % des généralistes s’y étant engagés - sans doute parce que porté uniquement par le syndicat MG-France - mais les médecins qui s’y étaient impliqués ont fait la preuve de l’intérêt de la chose, plaide l’association selon laquelle si le SML et la CSMF ont voulu éteindre le dispositif, c’est parce qu’il ne concernait que les généralistes. En conséquence, les deux syndicats auraient créé le médecin traitant pour ouvrir la porte aux spécialistes. Or, on sait aujourd’hui que les Français n’ont pas mordu à l’hameçon, plébiscitant leur médecin généraliste.
Bien sûr, les médecins de l’AMedRef se félicitent du crédit que les patients accordent à leur médecin généraliste mais, regrettent-ils, au passage, l’investissement des médecins référents est réduit à néant et ces 14 % de généralistes entrés dans le dispositif du médecin référent voient aujourd’hui leur chiffre d’affaires chuter de 10 à 30 % sans qu’aucune réponse ne leur soit donnée. « On n’a jamais vu jusqu’ici des syndicalistes casser un avantage acquis d’une profession », insiste le Dr. Lehmann.
Aujourd’hui 15 novembre, les parties signataires de la convention devraient, en vertu de la convention médicale, avoir établi les conditions de la convergence entre les deux dispositifs dans le cadre d’un accord conventionnel. Il n’en est rien, même si les présidents des syndicats signataires de la convention - SML, CSMF et Alliance - adressent ce jour un courrier à Frédéric Van Roekeghem l’appelant à ouvrir les discussions sur cette question. C’est aussi dans ce contexte que les médecins référents de l’association AMedRef publient leur Livre blanc. Ils y apportent la preuve de l’intérêt du dispositif, Hélène Baudry, présidente de l’association soulignant que « si la raison l’avait emporté, l’association nationale des médecins référents n’aurait jamais vu le jour, le Livre blanc de l’option médecin référent n’aurait jamais été écrit ». L’association adresse également une lettre ouverte à Xavier Bertrand, Philippe Bas et Frédéric Van Roekeghem les invitant à prendre position. Et leur « demande de prendre acte de la situation et de permettre aux médecins référents de continuer dans la voie du contrat qu’ils ont signé avec l’assurance maladie, en prorogeant l’option référent pour les médecins qui s’y étaient engagés et en garantissant le respect des engagements réciproques ».

