Lettre ouverte de l’Association Nationale des Médecins Référents
mardi 15 novembre 2005
A l’attention de
Monsieur Xavier BERTRAND, Ministre de la Santé et des Solidarités,
Monsieur Philippe BAS, Ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille,
Monsieur Frédéric VAN ROEKEGHEM, Directeur général de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie,
Messieurs,
A des titres divers, vous êtes responsables de la situation actuelle dans laquelle se trouvent les 8000 médecins généralistes référents qui ont depuis 1997 choisi l’option de l’engagement, de l’investissement matériel et humain, au service de leurs patients et de l’idée qu’ils ont de leur métier.
La convention médicale négociée en Janvier 2005 avec des syndicalistes médicaux déconnectés de la réalité quotidienne de notre pratique, en voulant supprimer d’un trait de plume l’option référent, trahit l’esprit de la loi d’Août 2004 et de la réforme de l’Assurance Maladie.
Monsieur Philippe BAS,
Vous demandez aux médecins généralistes de s’engager dans la réforme. « Etre médecin traitant, c’est s’engager », leur déclarez-vous. A quoi les médecins référents seraient tentés de vous répondre, comme les légionnaires romains dans Astérix : « Engagez-vous, rengagez-vous, qu’ils disaient »
Monsieur Xavier BERTRAND,
Vous demandez aux médecins généralistes, non seulement d’appliquer la réforme, mais de s’y impliquer.
Comment s’impliquer comme médecin traitant sans moyens adaptés, lorsque l’option médecin référent, qui prévoyait une rémunération pérenne pour les missions de coordination de suivi et de synthèse du dossier patient, est rayée d’un trait de plume ?
Croyez-vous qu’il suffise de décréter qu’un système est obligatoire pour qu’il fonctionne ?
Croyez-vous que détruire un système optionnel, volontaire, économiquement équilibré et non pénalisant pour les patients soit faire œuvre de pédagogie, et plaide pour l’implication des généralistes dans la mise en place des options à venir ?
Plutôt que de chercher à convaincre des confrères proches de la retraite de « rempiler », ne serait-il pas plus cohérent de ne pas décourager 8000 médecins généralistes installés ?
Croyez-vous qu’il suffise de décréter que « 2006 sera l’année de la médecine générale » pour masquer l’évidence, à savoir que la médecine générale est au plus mal avec les conséquences de l’actuelle convention ?
Apparemment, les jeunes étudiants en médecine n’ont pas été convaincus par ce slogan, eux qui désertent en masse une discipline déjà sinistrée, aggravant le risque d’une catastrophe démographique et sanitaire, et ce alors que les Français, avec un bon sens que ne semblaient pas partager les signataires de la convention, ont choisi à plus de 99% leur médecin généraliste comme médecin traitant.
Monsieur Frédéric VAN ROEKEGHEM,
Vous dirigez la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie, et à ce titre, les organismes qui ont porté l’Option Médecin Référent. Vos services reconnaissent clairement que les médecins référents sont impliqués dans de profonds changements de leurs pratiques.
Vous dirigez la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie, et à ce titre, comme les organismes mutualistes complémentaires, êtes en possession d’informations sur les conséquences positives, en terme d’économies de prescription et de coordination des soins, induites par l’Option Médecin Référent.
Vous dirigez la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie et à ce titre, savez que la confiance ne se décrète pas, mais se gagne, et se perd sur l’absence de respect de la parole donnée et des engagements pris.
Messieurs,
Nous vous invitons à prendre connaissance du Livre Blanc de l’Option Médecin Référent, dans lequel sont consignés hélas pour la première fois, car cela aurait dû être fait par vos services depuis longtemps, non seulement les études d’évaluation de l’Option Médecin Référent, mais aussi les très nombreuses prises de position d’organisations politiques, d’économistes, de mutualistes, de syndicats médicaux, en faveur du maintien de cette Option.
Nous vous invitons à prendre connaissance du Livre Blanc de l’Option Médecin Référent, et à méditer sur les idées fausses et les idées reçues trop longtemps véhiculées sur ce mode d’exercice de la médecine générale par des idéologues syndicalistes empêtrés dans leurs contradictions.
Comme vous le montrera ce livre, les médecins référents sont prêts à encore mieux évaluer leur mode d’exercice et les bienfaits que peuvent en attendre les patients, les caisses d’Assurance Maladie et les médecins généralistes.
Il est encore temps de s’appuyer sur cette réalité.
Le gel de l’Option Médecin Référent sera largement compensé par la confiance que les médecins généralistes retrouveront dans la parole de l’Etat et de l’Assurance Maladie, par la sauvegarde des emplois dans les cabinets médicaux, enfin par le maintien dans des zones difficiles de banlieue de cabinets médicaux qui, avec l’option, pouvaient continuer à assurer une présence médicale de qualité.
Au-delà des médecins référents, c’est du système français d’assurance-maladie solidaire dans son ensemble qu’il est question ici.
Car demain, qu’en sera-t-il ?
Si l’Assurance-maladie rompt, pour la première fois, et unilatéralement, un contrat optionnel d’incitation à la qualité passé sur la base du volontariat avec des médecins généralistes parmi les plus impliqués dans la formation médicale continue indépendante, dans un autre rapport au soin, dans la réalisation d’économies substantielles, quel avenir définira-t-elle pour le système de santé ?
Quel médecin, demain, sur les cendres de l’Option Médecin Référent, sera assez naïf pour choisir de s’intégrer dans un dispositif de prévention ou de qualité des soins ?
Quelle crédibilité l’Assurance Maladie pourra-t-elle revendiquer pour inciter, comme elle le faisait hier, des médecins généralistes à modifier en profondeur leur pratique, avant de les abandonner pour satisfaire l’appétit de revanche idéologique de quelques syndicalistes ?
L’avenir de l’Option Médecin Référent, et des médecins référents impliqués dans ce dispositif pionnier, dépend de la décision politique.
Une décision politique qui définira, pour les années à venir, la confiance que les médecins et les patients peuvent conserver dans leur système d’assurance-maladie solidaire.
Nous sommes maintenant à la date prévue par la convention pour établir ce que sera l’avenir des médecins référents. L’AMedRef vous demande de prendre acte de la situation et de permettre aux médecins référents de continuer dans la voie du contrat qu’ils ont signé avec l’Assurance Maladie, en prorogeant l’option référent pour les médecins qui s’y étaient engagés et en garantissant le respect des engagements réciproques
Dans l’espoir de votre lecture attentive, veuillez agréer, Messieurs, l’expression de notre considération distinguée
L’AMedRef 15 Novembre 2005
