AmedRef

Lettre ŕ mon député

par Brigitte TREGOUET

mercredi 30 mars 2005

Docteur Brigitte TREGOUET
68 BD d’Austerlitz
85000 LA ROCHE SUR YON
tél:0251 361547
le 23 janvier 2005

Monsieur le Député,

Médecin généraliste dans un quartier HLM ou habitent des gens modestes, je suis scandalisée par quelques éléments de la réforme de la Sécu.

L’accčs direct au spécialiste est impossible, sauf si on a les moyens de payer le dépassement. Il est facile d’imaginer que beaucoup de spécialistes préféreront soigner ceux qui payent plus. Le risque de voir deux files d’attente distinctes apparaître - une longue pour les personnes modestes et une courte pour les personnes payant plus cher - est majeur. Ce phénomčne existe déjŕ avec les consultations privées de l’hôpital, ce n’est donc pas du catastrophisme.

La disparition du tiers payant. Les gens modestes, qui travaillent pour de petits salaires n’ont pas Je droit ŕ la CMU et n’ont pas toujours de chčques que l’on peut mettre de côté en attendant qu’ils soient remboursés. Ces personnes, si elles ont des soucis de santé ŕ répétition pour eux-męmes ou leurs enfants, auront plusieurs solutions :
—  aller aux urgences se faire soigner,
—  attendre le début du mois prochain et leur salaire pour se soigner, mais une bronchiolite, une sciatique, etc .. peuvent-elles attendre ?
—  demander ŕ leur médecin généraliste de les soigner gratuitement, ce qui sera fait dans un certain nombre de cas.

Peut-on refuser le soin ŕ un bébé parce que sa mčre ne peut pas payer ? « Faites vous payer »nous dira-t-on, « éduquez vos patients », mais il s’agit de savoir en urgence si on soigne ou si l’on refuse. Ethiquement, il est quasiment impossible de refi.iser le soin d’un mineur ou d’un problčme sérieux. Serions-nous revenus ŕ l’époque des religieuses bénévoles ? Ces personnes-lŕ cotisent pourtant, par leurs charges et leurs mutuelles.

Le tiers payant est trčs favorable aux personnes modestes, pas assez pauvres pour ętre aidées, pas assez riches pour faire l’avance de frais répétés. Hors, il y a souvent de telles situations. Les personnes modestes qui ont un travail peuvent avoir des difficultés de trésorerie. Certes, elles peuvent dues ŕ un manque de prévoyance et d’organisation, mais si je peux reprendre un fameux slogan, va-t-on en arriver ŕ « tu te soigneras quand tu sauras bien gérer ton budget » ? Nos députés et nos dirigeants ne réalisent visiblement pas ce que signifie concrčtement vivre avec l’AAH., le minimum vieillesse ou un SMIC.

Nous, médecins de terrain, qui dans la męme réforme voyons disparaître la rémunération référent (11 est d’ailleurs incroyable que l’on puisse ainsi régresser dans sa rémunération par rupture unilatérale d’un contrat. Si cela se passait dans une entreprise privée, cela serait sanctionné par les Prud’hommes), connaissons les difficultés quotidiennes de ces gens-lŕ.

Mon souci le plus urgent est la continuité du tiers payant, l’exigence que les spécialistes gardent une part trčs largement significative d’accčs par les médecins traitants, que les dérives éventuelles soient prévues (quel pourcentage de patients en dépassement accepter ?) et sanctionnées et ceci en fonction des réalités locales.

En Vendée, en 2005, iI faut plusieurs mois (déjŕ !) pour voir un dermato, un othtalmo, un gynéco. Certains spécialistes jouent trčs largement le jeu de la filičre de soins et nos patients urgents sont effectivement reçus en urgence. (exemples récents : cataracte du nourrisson, gale profuse, crise de violence chez un adolescent). Pourquoi ceux qui ne sont jamais disponibles, pour les urgences que nous avons repérées ne sont-ils jamais sanctionnés ? Chacun défend-il son pré carré, avec un agenda bien rempli et un chiffre d’affaire conséquent, ou a-t-on vraiment une organisation de santé publique digne de ce nom ?

Jamais l’Hôpital ne pourra absorber les oubliés de la médecine ŕ deux vitesses - ni les urgences pédiatriques pour les petits nourrissons dont les parents ne veulent pas faire l’avance de frais, ni l’ophtalmo, ni la gynéco, etc…

Actuellement, vous voyons énormément d’urgences gynécologiques, alors que les gynécologues voient énormément de femmes qui vont bien en bilan de routine. N’est-ce pas la filičre de soins ŕ l’envers ? Ayant choisi ce métier pour ętre au service des personnes malades, je suis tout ŕ fait heureuse de recevoir les urgences gynéco, mais parfois elles dépassent ma compétence et en urgence il ne reste bien souvent que l’Hôpital. Cela me fait parfois rager de savoir que pendant cette journée-lŕ, le gynéco aura reçu 10 femmes qui avaient juste besoin d’un frottis, que je sais par contre pŕrfaitement faire.

Ceci est un exemple, malheureusement valable pour beaucoup de spécialistes. Nous, médecins généralistes, avons parfois l’impression qu’on nous demande de tout savoir faire en urgence, quand les spécialistes sont débordés, et qu’ensuite on nous explique - par voix de presse bien souvent - que nous ne savons rien faire. C’est blessant et inexact. La seule réponse honnęte aux besoins de santé de la population est la filičre de soins oů chacun reste ŕsa place, respecte les compétences de l’autre, et respecte ses propres limites.

Je vous demande instamment d’intervenir auprčs du gouvernement pour amender la réforme de la Sécu dans le sens décrit ci-dessus.

Comptant sur votre écoute et votre compréhension de la réalité du terrain.

Docteur Brigitte TREGOUET

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Il est facile d’imaginer que beaucoup de spécialistes préféreront soigner ceux qui payent plus. Le risque de voir deux files d’attente distinctes apparaître — une longue pour les personnes modestes et une courte pour les personnes payant plus cher — est majeur. Ce phénomčne existe déjŕ avec les consultations privées de l’hôpital, ce n’est donc pas du catastrophisme. La disparition du tiers payant. Les gens modestes, qui travaillent pour de petits salaires n’ont pas Je droit ŕ la CMU et n’ont pas toujours de chčques que l’on peut mettre de côté en attendant qu’ils soient remboursés. Ces personnes, si elles ont des soucis de santé ŕ répétition pour eux-męmes ou leurs enfants, auront plusieurs solutions: - aller aux urgences se faire soigner, - attendre le début du mois prochain et leur salaire pour se soigner, mais une bronchiolite, une sciatique, etc .. peuvent-elles attendre? - demander ŕ leur médecin généraliste de les soigner gratuitement, ce qui sera fait dans un certain nombre de cas. Peut-on refuser le soin ŕ un bébé parce que sa mčre ne peut pas payer? Ť Faites vous payer ťnous dira-t-on, Ť éduquez vos patients ť, mais il s’agit de savoir en urgence si on soigne ou si l’on refuse. Ethiquement, il est quasiment impossible de refi.iser le soin d’un mineur ou d’un problčme sérieux. Serions-nous revenus ŕ l’époque des religieuses bénévoles? Ces personnes-lŕ cotisent pourtant, par leurs charges et leurs mutuelles. Le tiers payant est trčs favorable aux personnes modestes, pas assez pauvres pour ętre aidées, pas assez riches pour faire l’avance de frais répétés. Hors, il y a souvent de telles situations. Les personnes modestes qui ont un travail peuvent avoir des difficultés de trésorerie. Certes, elles peuvent dues ŕ un manque de prévoyance et d’organisation, mais si je peux reprendre un fameux slogan, va-t-on en arriver ŕ Ť tu te soigneras quand tu sauras bien gérer ton budget ť? Nos députés et nos dirigeants ne réalisent visiblement pas ce que signifie concrčtement vivre avec l’AAH., le minimum vieillesse ou un SMIC. Nous, médecins de terrain, qui dans la męme réforme voyons disparaître la rémunération référent (11 est d’ailleurs incroyable que l’on puisse ainsi régresser dans sa rémunération par rupture unilatérale d’un contrat. Si cela se passait dans une entreprise privée, cela serait sanctionné par les Prud’hommes), connaissons les difficultés quotidiennes de ces gens-lŕ. Mon souci le plus urgent est la continuité du tiers payant, l’exigence que les spécialistes gardent une part trčs largement significative d’accčs par les médecins traitants, que les dérives éventuelles soient prévues (quel pourcentage de patients en dépassement accepter?) et sanctionnées et ceci en fonction des réalités locales. En Vendée, en 2005, iI faut plusieurs mois (déjŕ!) pour voir un dermato, un othtalmo, un gynéco. Certains spécialistes jouent trčs largement le jeu de la filičre de soins et nos patients urgents sont effectivement reçus en urgence. (exemples récents: cataracte du nourrisson, gale profuse, crise de violence chez un adolescent). Pourquoi ceux qui ne sont jamais disponibles, pour les urgences que nous avons repérées ne sont-ils jamais sanctionnés? Chacun défend-il son pré carré, avec un agenda bien rempli et un chiffre d’affaire conséquent, ou a-t-on vraiment une organisation de santé publique digne de ce nom? 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