Lettre à FVR (3)
mardi 29 novembre 2005 par Alain PETIT
Docteur Alain Petit Le 23 novembre 2005
15, rue de la Libération
88460 Docelles.
à M. Frédéric van Roekeghem
Directeur de l’UNCAM
50, Ave du Professeur André Lemierre
75020 Paris
Monsieur ,
Si je m’adresse à vous aujourd’hui comme un certain nombre de mes confrères exaspérés, c’est pour vous signifier toute l’amertume que nous ressentons face à l’humiliation sans cesse répétée envers la médecine générale laissée pour compte dans toute la restructuration du système de soins qui s’opère depuis la dernière convention.
Nous avons choisi un métier auquel nous croyons et pour lequel nous nous sommes battus tant pour sa reconnaissance que pour la qualité de sa prestation. L’option « médecin référent » était l’aboutissement de ce travail qui nous a pris plus de quinze ans d’effort. La qualité et la rémunération à sa juste valeur a toujours été l’objectif à atteindre. Nous n’avions aucun doute sur la pérennité d’un système qui assurait au praticien une formation indépendante et rémunérée, une philosophie reposant sur la qualité et l’esprit critique non conditionnée par la course à l’acte et qui générait manifestement des économies pour la collectivité (et les chiffres sont là pour l’attester).
Nous sommes tous consternés par le mépris des pouvoirs publics qui d’un simple coup de plume ont niés les engagements qu’ils avaient pris avec nous dans ce projet réussi sur le terrain.
C’est aussi un véritable mépris envers les assurés que de leur faire croire que leur santé repose sur un système de soins centré sur une médecine générale humiliée, dévalorisée sans moyens et qui plus est spoliée de sa relève tant les jeunes sont inquiets face à cette entreprise délibérée d’extermination.
Ce ne sont pas quelques vagues mesures d’encouragement pour faire travailler les pré-retraités ou quelques oboles pour favoriser l’installation des jeunes qui vont sauver la médecine générale à laquelle notre population est encore malgré tout très attachée.
Tous les jours sur le terrain, nous sommes en mesure de connaître nos besoins et ceux de la population. Nous avions réussis pour un certains nombre d’entre nous à envisager l’avenir avec sérénité ,mais nous avons aujourd’hui le sentiment d’avoir été trahis par ceux-là même qui nous avaient fait confiance. En niant la possibilité de pérenniser le formidable élan pour la médecine générale qu’est « l’option référent », votre ministère se coupe d’une population de 8 à 10 000 médecins motivés dynamiques et influents qui sauront le moment venu se souvenir de ce mauvais coup porté à leur honneur et leur amour propre.
Dans l’immédiat, je saurai signifier à ma secrétaire, comme le feront beaucoup de mes confrères, les raisons qui me poussent à la licencier. Je ne connais en effet pas beaucoup de patrons qui procèderaient différemment en perdant 20 à 25% de leur revenus à la faveur d’une bassesse gouvernementale.
En vous remerciant d’avoir pris connaissance de cette lettre, veuillez recevoir Monsieur l’expression de mes salutations attristées.
A. Petit
