Madame, Monsieur le Député,
Vous allez devoir répondre à des patients vous écrivant pour vous dire que la nouvelle convention les inquiétait. Vous pourriez être amené leur envoyer ce texte (en gras). Je me doute qu’il est extrêmement difficile d’avoir une opinion personnelle argumentée sur toutes les lois et amendements qui sont votés à l’Assemblée Nationale.
Je me permets, en tant que médecin généraliste et Présidente de l’Association Nationale des Médecins Référents (AMedRef) de vous faire quelques commentaires dans le texte (en italiques). Certains détails qui n’ont pas dû vous frapper par leurs conséquences lorsque vous avez voté l’amendement de Novembre 2004, qui stipulait qu’une nouvelle convention pouvait sans autre formalité "écraser" la précédente. Ceci a permis de faire disparaître l’Option Référent, ce qui n’était pas prévu lors du vote de la loi du 13 Août 2004 :
Monsieur,
Vous avez bien voulu attirer mon attention sur la réforme de l’Assurance Maladie et je vous en remercie vivement.
Cette convention, qui concrétise la loi du 13 Août 2004, accorde une place éminente aux médecins traitants. Le médecin traitant est le professionnel de santé qui connaît le mieux le patient, ce sera la plupart du temps un médecin généraliste. Sa relation de confiance avec le patient lui permettra d’avoir un rôle pivot, c’est-à-dire orienter le patient, avec son accord, dans son parcours de soin, au mieux de ses besoins. Toute la philosophie de la réforme se trouve résumée dans ce rôle majeur de coordination des soins : soigner mieux en dépensant mieux.
- Soit dit en passant, c’est donc une promotion tout honorifique assortie d’une responsabilité majeure, nous apprécions à sa juste valeur ce rôle central qui permet de revaloriser les honoraires… des spécialistes. Or, soigner mieux nécessite de prendre du temps pour examiner, bien sur, mais écouter, expliquer l’intérêt ou non des médicaments, avoir un dossier bien organisé, le Médecin Référent a souvent pris une secrétaire pour se libérer du travail… de secrétariat et se consacrer davantage à la cohésion des dossiers, la systématisation du suivi de prévention. Le forfait OMR était primordial pour cela car sinon, la seule solution pour avoir un secrétariat est de multiplier les actes, et c’est difficile de bien travailler quand on fait des consultations rapides jusqu’à 20h et plus…etc. Il n’est plus à démontrer que les consultations courtes engendrent soit des prescriptions lourdes (on prescrit beaucoup pour se déculpabiliser du peu de temps accordé au patient) soit un appel au spécialiste. Les médecins référents ont engendré chacun 20 000 euros d’économie par an par rapport à leurs collègues non-référents
Tout d’abord, si vous avez un médecin référent, vous pouvez naturellement le choisir comme médecin traitant. Le médecin référent repose sur un principe d’abonnement forfaitaire à l’année et l’on ne peut pas en changer.
- C’est faux. Si le patient quitte son médecin référent avant l’échéance annuelle, il perd les avantages de l’OMR (dispense d’avance de frais) mais il est remboursé aussi, c’est un argument mensonger qu’on trouve sur le site de la CNAM et rien que pour cela nous pourrions demander des comptes au Directeur de l’Uncam et au Ministre de la Santé (article 5-5 option conventionnelle « médecin référent »)
Avec le médecin traitant, la liberté de choix est respectée : liberté d’en choisir et liberté d’en changer.
- Médecin Kleenex, donc, quel avantage alors pour faire un suivi correct ??? Le patient qui trouve que son médecin ne lui obéit pas bien sera tenté d’aller tenter sa chance ailleurs, quel intérêt alors d’orchestrer ce fameux Médecin Traitant qui restera une marionnette pour les patients pratiquant le "nomadisme médical", alors que la majorité des patients ayant une relation de confiance qui n’est pas due au hasard mais à une prise en charge, responsable et cohérente, continueront, comme par le passé leur parcours de soins avec leur médecin.
En revanche, si vous choisissez de ne pas déclarer de médecin traitant et que vous vous rendez chez un généraliste ou un spécialiste, votre niveau de remboursement sera diminué.
- Ah ! Oui, et de combien, chez le généraliste ? Pour l’instant ça n’est spécifié nulle part, part de mystère incroyable pour un contrat.
Si vous vous rendez chez un spécialiste, votre niveau de remboursement sera diminué. Si vous vous rendez chez un spécialiste sans passer par votre médecin traitant, le spécialiste pourra pratiquer un dépassement d’honoraires. Ce dépassement sera limité à 32 euros et le niveau de remboursement sera également diminué.
Sauf que les médecins spécialistes en secteurs 2 (majoritaires) ont droit à un dépassement à l’aune du "tact et mesure", qui varie suivant l’idée que s’en fait le médecin en question, même si on passe par son médecin traitant.
D’autre part, si vous êtes atteint d’une maladie chronique ou d’une affection de longue durée (ALD), vous pourrez continuer à vous rendre directement chez votre spécialiste. Par exemple, un diabétique n’aura pas besoin de solliciter systématiquement son médecin traitant pour prendre rendez-vous avec son endocrinologue.
Aussi, lorsque l’on est atteint d’une pathologie qui nécessite des visites fréquentes ou annuelles chez un spécialiste, il ne sera pas nécessaire de consulter le médecin traitant puisque ces visites seront prévues dans un protocole de soins. Le spécialiste le tiendra informé et échangera avec lui sur votre cas. Votre médecin pourra vous conseiller un spécialiste mais c’est donc vous au final qui choisirez. La liberté de choix est essentielle.
Formidable, alors c’est quoi, la coordination des soins, seulement remplir des papiers, classer des courriers ? On sait bien que le patient poly pathologique a encore plus besoin d’un médecin généraliste et que ce parcours de soins là permet totalement d’y échapper. C’est ça qu’on voit déjà avec des patients pris en charge au sein de réseaux (cancérologie, diabète…), le médecin généraliste finit par revoir le patient en fin de parcours pour des soins palliatifs s’il a été décidé qu’il mourrait chez lui, entre temps, il n’aura vu que des comptes-rendus.
Pour la petite histoire, j’ai une patiente dont la cardiologue (qu’elle a choisi elle-même lui fait des renouvellements d’ordonnance de 6 mois en 6 mois, et c’est quand ma patiente a raté un rdv chez elle ou perdu son ordonnance qu’elle vient me, ce qui lui permet de faire le point avec moi sur son problème d’alcool, dont elle ne viendrait pas me parler sans un autre prétexte …)
Par ailleurs, les spécialistes que vous pourrez consulter en direct seront les ophtalmologistes, les gynécologues, les pédiatres (les enfants n’étant pas concernés par le médecin traitant et les psychiatres.
Enfin, concernant les délais de consultation, ceux- ci devront être les mêmes que l’on aille voir un spécialiste "en accès direct" ou après consultation de son médecin traitant. C’est inscrit dans la loi.
Si c’est inscrit, alors, on peut leur faire confiance ![]()
La convention prévoit qu’un conciliateur placé auprès de chaque caisse d’assurance maladie recevra les éventuelles réclamations formulées par les patients à ce sujet.
Tiens, la sécurité sociale crée des emplois… , rajouté au recrutement des nombreux médecins conseils nécessaires au contrôle de nos ordonnances et de nos arrêts de travail, voilà au moins un organisme prospère…
En restant à votre entière disposition, je vous prie de croire, Monsieur, en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
Bien cordialement.
Je reste moi-même également à votre entière disposition, si d’autres points de cette convention vous posent problème et je vous prie de croire, Monsieur le Député, en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
56750 Damgan
Présidente de l’Association Nationale des Médecins Référents (AMedRef)
http://www.amedref.org/
Hélène BAUDRY-LAMY
Articles de cet auteur
Répondre à cet article
– Enregistrer l´article au format pdf
fr
L’association
Les Communiqués
?

