Toujours la même foire, les mêmes sacs qu’on nous fait trimballer pour nous transformer en hommes-sandwichs des firmes.
La Salle Bleue où est annoncé le débat sur « La Réforme à Mi-Parcours » est pleine au tiers, à peu-près, soit 200 et quelques personnes sur 600 places.
Michel Chassang, le roi des confs, débute. Et débite. Le difficile rôle des signataires. Un contrat gagnant-gagnant pour les médecins. Et la maîtrise médicalisée, qu’elle est pas comptable, après un cauchemar de dix ans de vide conventionnel, etc… etc… etc…Et redit sa fierté d’avoir mis en place ce nouveau fonctionnement organisé en… réseau
)
(Ca t’arrache la gueule, Michou, le mot « filière » ?)
Ensuite Monsieur Loyal ( en fait il y en a deux : Gérard Kouchner, le frère de Ken, directeur du QDM, et Daniel Vial, puissance invitante et directeur de Pharmaceutiques) demande à Pierre Costes :
- Alors, Pierre Costes, heureux ?
A quoi Costes répond qu’il n’est pas heureux. Certes, il devrait, vu que tout le monde n’arrête pas d’en rajouter une couche sur le rôle du généraliste, au cœur du système… mais les moyens ne suivent pas, et rendent la tâche insupportable. Pas d’attaque envers Chassang, pas de remise en cause des mensonges énoncés auparavant. Il signifie simplement à Van Roekeghem :
- Vous m’avez dit au début des négociations : je négocie avec les majoritaires. Et bien je reviendrai vous voir quand je serai majoritaire.
Parole donnée ensuite au représentant du LEEM, dont le nom m’échappe, qui explique à quel point c’est difficile pour les firmes, cette redistribution des rôles, cette maîtrise, les génériques, Oh là là, ça « terrorise » les firmes, et le mal que ça fait à l’innovation, qu’elle est belle et indispensable au pays, l’innovation…
Ensuite, c’est Frederic Van Roekeghem, proconsul de l’UNCAM directement nommé à son poste par Chirac. Rocky. C’est le seul à avoir fait faire un Powerpoint, Rocky, et c’est bien parce que les images évitent l’assoupissement lié à un exercice de langue de bois comme on en a rarement entendu…
Et que 78% des Français ont choisi un MT
Et qu’à 99,5% c’est un généraliste
En gros, tout baigne, certes on attend encore les référentiels de l’HAS, mais tout baigne, et en plus y’a la prévention qu’arrive, c’est pas super ?
Et que sur les ALD, elle marche vachement bien la maîtrise, la preuve une courbe où on voit diminuer le nombre de prescriptions en ALD par rapport au hors-ALD ( tu m’étonnes), et une autre sur les arrêts de travail, et la pente des dépenses en ville ( mais c’est ME-DI-CA-LI-SE, la maîtrise, z’êtes pas au courant ?)
A l’en croire, sa tâche difficile est en très bonne voie et comme on n’est qu’à mi-parcours, on a le temps d’arriver au but en 2007. (Pourquoi 2007 ?
)
Et le Rocky termine quand ça éructe dans la salle . Act-Up est là, ils sont trois, et l’un hurle que le Ministre Philippe Bas n’est même pas là, que Rocky ment, que loin des discours lénifiants des technocrates, dans la vraie vie, ça chie. Qu’il y a des retards de soins, des refus d’ALDs, liés à la complexité du système et au fait que les ALDs sont refusées, que certains médicaments ne sont pas pris en charge.
A la tribune et dans les travées, c’est un peu la panique. On entend les agents de sécurité se concerter, s’engueuler : apparemment, le filtrage n’a pas été bien fait
. En coulisse, ils s’interrogent sur la possibilité de vérifier tous les badges, à nouveau.
A la tribune, après le traditionnel rappel à l’ordre « parlez de manière polie, pas la peine de hurler », et la traditionnelle réponse « quand on ne hurle pas, vous n’écoutez pas », Vial tente de sauver Rocky en expliquant que bien sûr, Rocky va leur donner un rendez-vous, en fin de réunion. Style « voyez ça avec mes services ». Mais Act-Up explique que les réunions, ils connaissent, les réunions où on les trimballe avec des sous-fifres ( ah ah !!! eux aussi !) et où on use de manœuvre dilatoires pour gagner, ou perdre, du temps sans prendre en compte les demandes.
Et là, bizarrement, une dame d’une soixantaine d’années, en tailleur, se lève et dit, très digne :
- Je ne suis pas vraiment d’accord pour que ces jeunes gens crient, mais je crois que vous devez les entendre. Et le problème est là : vous n’entendez pas la salle, vous n’entendez pas les gens. Donc ils sont obligés de crier.
Ca reste houleux, et c’est Lenoir Daniel, de la Mutualité, qui s’y colle. GRRRRRRRRRRAND numéro, GRRRRRRRRRAAANNNND numéro de défenseur des assurés, des pauvres et petites gens. Reproches « sévères » à Michel Chassang, qu’il tutoie et attrape quand même par la manche pour signifier sans même s’en rendre compte que c’est du flanc, qu’on est entre amis, hein. Et que certains syndicats demandent trop, et que quand même la mutuelle, sur le budget d’un ménage, c’est aussi gros que la facture EDF-GDF ( répété deux fois). Et que vraiment les médecins y prescrivent pas les génériques alors qu’y z’ont promis. Etc… Entendre ce flot de bondieuseries, quand on est référent, balancé aux orties par le pouvoir en place, et que les dirigeants de la Mutualité sont infoutus de se sortir les pouces du cul, alors que sur le terrain des mutualistes ont les chiffres, savent ce que le référent a généré d’économies pour eux et pour les patients… Entendre cet enfilage de perles, alors que le deal CSMF-UNCAM, clairement, c’est « augmentez le reste à charge des complémentaires et vous pourrez dépasser »… ce serait du plus haut comique si on n’avait pas les lèvres gercées.
C’est l’heure des questions, mais pas sans un nouveau moment d’anthologie, quand Daniel Vial, inspiré, cite Hippocrate : « Est-ce qu’on ne peut pas se demander, un tout petit peu quand même, si c’est bien raisonnable que des médecins qui en prêtant le serment d’Hippocrate ont juré de prescrire au patient en leur âme et conscience, acceptent des augmentations d’honoraires en prescrivant des génériques ? »
Ce n’est pas la phrase exacte, mais c’est de ce tonneau, le même rappel à la « déontologie ». Même Chassang en a le sifflet coupé, il répond quand même que Vial confond le serment d’Hippocrate « je soignerai indifféremment l’indigent comme le riche »
( Ouaaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiisssssssss !!!) avec le code de déontologie.
Ce petit apparté terminé, ce sont les questions au micro. A noter qu’au départ, les organisateurs avaient demandé que les questions soient écrites ( histoire de trier les questions ? Non, sûrement pââââââssss…) mais que les gentilles agent(e)s de sécurité ont dit que c’était pas la peine, y’avait des micros. Monsieur Loyal n’a pas insisté.
Et donc quand je commence, dès qu’il voit que ça va durer plus de douze secondes, il m’interrompt :
- Bonjour. Christian Lehmann, je suis généraliste et membre du syndicat Espace Généraliste. Monsieur Van Roekeghem, vous avez déclaré en préambule vouloir vous en tenir à la réalité des chiffres plutôt qu’à…
- Monsieur, vous êtes là pour poser une question, pas pour faire un discours…
- Nous vous avons suffisamment entendus. Je répète ma question : Monsieur Van Roekeghem, vous avez déclaré en préambule vouloir vous en tenir à la réalité des chiffres plutôt qu’à des théories. Alors je vais vous livrer quelques chiffres issus de la réalité. En 2005, la Caisse de Retraite des médecins libéraux a enregistré 2200 départs en retraite quand elle n’en attendait que 1400. De l’autre côté, chez les jeunes, les internes préfèrent redoubler que choisir la médecine générale. Pourtant dans la Tribune du 6 Mars, suite à l’avenant sur le 1 euro, un haut représentant de la CNAM se félicite de ce signal fort adressé aux jeunes internes pour qu’ils choisissent une filière porteuse, celle de la médecine générale. Alors une question, monsieur Van Roekeghem : dans votre plan de prévention, qu’avez-vous prévu pour que les hauts responsables de la CNAM cessent enfin de fumer la moquette de leur bureau ?
Rires dans la salle et quelques applaudissements, comme quoi il n’y a pas que des représentants des firmes dans la salle.
Rocky répond, selon le mode de communication spécial que les coachs apprennent aux Hommes en Gris ( si vous n’avez pas les rieurs de votre côté, faites valoir que vous, vous êtes un type sérieux, qui ne peut pas se permettre ce genre de gaudriole) Pour XXB, la réponse standard est « le débat gagnerait à être dépassionné » pour FVR, c’est :
- Les effets de manche sont certes faciles. Mon travail est plus difficile…
Ceci dit, à demi-mots, il laisse entendre qu’il sait bien que le compte n’y est pas. Et que sur le court terme, la médecine générale n’a peut-être pas été service correctement. Ca marcherait éventuellement si on ne savait pas aujourd’hui ce que valent ses promesses de lendemains meilleurs.
Jean-Paul Hamon suit, très à l’aise, qui apostrophe Chassang et pointe trois dossiers en suspens : la PDS, l’avenant sur la chirurgie et « le dossier des médecins référents, qui n’a toujours pas de réponse satisfaisante »
Surprise surprise, c’est le Président de la FMF-Gé qui le premier a prononcé le mot maudit, que personne à la tribune n’avait prononcé auparavant : RE-FE-RENT…
Chassang répond que la PDS a beaucoup avancé en France grâce à lui. Les avenants, les sous, le volontariat ( si si !!!!) ; c’est tout lui. Puis sur les chirurgiens, il explique que ce n’est pas sa faute, c’est Rocky qui ne signe pas. Quand aux référents « car je vois que Christian Lehmann est dans la salle », le dossier avance.
- Si tu avais lu l’avenant que nous avons signé, tu verrais que je m’engage à ce que très rapidement il y ait une convergence référent-traitant, d’ailleurs ouverte à tous, sur la prévention….
Jean-Paul Hamon n’a pas tilté sur ce très court paragraphe de l’avenant comme l’avaient fait les référents. Il est vrai que Chassang n’en a guère fait le service après-vente, ce n’est pas son souci premier. Aussi, comme Hamon ne renchérit pas, Chassang continue sur sa lancée d’autosatisfaction. Je me lève dans les travées et je l’apostrophe :
- Mais quelle confiance peut-on avoir dans ta parole, et dans les délais annoncés, alors que cela fait aujourd’hui quatre mois que la date butoir de la convergence est passée ?
Ne se démontant pas, royal, Chassang répond :
- Pas du tout. Pas du tout. La convergence, c’est au 15 Novembre 2006.
Texto. Devant la tribune, et 200 personnes, dont la presse, des référents, des Présidents de syndicats opposants, Chassang lâche un mensonge énorme, sans se démonter. Quel talent !
- Le 15 Novembre 2006 ? Tu ne connais pas tes dates ! Je comprends qu’ils réussissent à te faire signer n’importe quoi !
Le roi des confs sourit toujours, c’est comme scotché là, rien ne l’atteint. Je continue :
- C’est faux. C’est un mensonge et tu le sais. L’OMR a été fermée, les cabinets de référents sont en danger. Des confrères dévissent leur plaque, ou s’endettent pour survivre, et tu en es responsable. Je te ferai leur liste… ( je voulais dire qu’il en porte personnellement la responsabilité, mais je m’étrangle)
C’est Claude Bronner qui se présente maintenant. Président d’Espace Généraliste, il martèle que la médecine générale est débordée de contraintes imbéciles, que c’est la première fois, en 24 ans d’exercice, que comme nombre d’entre nous il songe régulièrement à raccrocher, et que ce n’est pas normal.
A la tribune, Rocky et Chassang tentent de minimiser, mais c’est maintenant JB Saussure qui s’y colle et qui en tant qu’adhérent d’Espace Généraliste parle de la chienlit administrative ubuesque : après les R et HR des bonnes années Maffioli, voici les MTU, MTR, MTN, NTM… (Les gens se marrent.) Il explique que pendant des années il a travaillé en bonne entente avec les médecins-conseils, mais que maintenant, depuis la réforme et les consignes à la con de Rocky, ses demandes d’ALDs sont toutes refusées, pour une virgule. A la tribune, on se gausserait de ce gueux mais…
Act-Up en remet une couche :
- Nous aussi, nous avons des témoignages de patients et de médecins, c’est tous les jours ! La traque à l’ALD, les retards d’acceptation de protocoles, les retards d’accès aux soins.
Rocky et Chassang ont la stéréo. Monsieur Loyal tente de calmer la salle mais c’est difficile, parce que le réel parle, par la voix de quinquagénaires en pull ou en blouson de moto et de jeunes hommes minces habillés de noir, qui apparemment viennent de deux mondes différents mais portent le même constat. Constat repris par une autre voix, un journaliste scientifique de la 5 qui pointe, l’air faussement badin, qu’il n’a pas, bien sûr, la science infuse et l’intelligence des messieurs en costard sur l’estrade, mais qu’il remarque qu’il n’y a là, pour parler de la réforme, aucun représentant de patients. Il égratigne Gérard Kouchner en lui rappelant la loi de mars 2002
), sur les droits des malades.
Après cela, un médecin généraliste apparemment unovien ( Ca existe !!! si si ) va apostropher Pierre Costes sur la « maîtrise comptable » acceptée du temps de Richard Bouton, et Costes va se justifier en disant qu’avant c’était avant, et que l’expérience lui a montré qu’on ne peut faire ce genre de deal, car ils sont faits sur le dos des prescrits. Il reparle de l’interpro.
Une ou deux autres questions, que j’ai oubliées, puis Pascal Charbonnel, à qui on ne donne ostensiblement pas la parole
( la moustache, le look, cette fois-ci ils l’ont tout de suite repéré
))))))))))))))
Il martèle à nouveau les difficultés au quotidien des généralistes, des patients, et l’absence de réponse d’en haut.
- Je vous ai vu en Juillet, Mr FVR. Vous nous avez promis beaucoup de choses, et bien sûr on n’a rien vu venir, juste intensifier les contrôles et les conneries administratives. Vous nous avez promis que deux médecins d’un même cabinet pourraient conjointement être considérés comme MT d’un patient et c’est faux !
- Ce n’est pas de notre fait. Si les médecins s’étaient mieux organisés en cabinet de groupe, on n’en serait pas là !
- Vous n’êtes plus chez AXA, répond Pascal Charbonnel. Nous sommes des professionnels de santé libéraux de haut niveau et vous croyez pouvoir nous traiter comme des sous-fifres. Sortez un peu de votre bureau et venez voir les effets de votre formidable réforme sur le terrain !
A ce stade, je ne sais plus ce que FVR répond mais s’il reste encore quelqu’un pour ne pas voir que cette réforme pose problème au-delà des satisfecits des Hommes en Gris et du roi des confs… il devait dormir. Ou arriver en retard.
Et dans cette catégorie, le pompon ! Le Ministre, Philippe Bas, arrive. Son siège est resté vide pendant l’heure et demie qu’ont durés les interventions puis les débats. Et le ravi arrive escorté de deux sbires, immédiatement assailli de photographes. Pire exemple de l’autisme gouvernemental ne s’invente pas, se conçoit avec peine. Il ne s’excuse pas, j’imagine même qu’il va commencer son laïus écrit par un nègre par ses mots : « J’ai beaucoup apprécié ce débat très riche et beaucoup appris au contact de la profession… bla bla bla… » mais à vrai-dire, je ne sais pas ce que seront ses premiers mots parce que devant un tel exemple d’incurie et de foutage de gueule, l’ensemble des militants d’Espace Généraliste et Jean-Paul Hamon, foutent le camp, ostensiblement, manière de montrer que le bla bla ministériel incompétent, merci, ils ont donné. Des journalistes les suivront.
Dans les heures qui suivent, le bruit va courir, un vrai bruit de conf, que Espace Généraliste a manigancé le coup d’Act-Up, voire les a manipulé. Manipuler Act-Up ! Bigre ! Paranoïa, mauvaise conscience ( je rigôôôôle, Michou, je rigôôôôôle) ? Toujours est-il que l’irruption de deux discours non convenus, voire inconvenants, a animé le train-train habituel des satisfaits.
Les référents noteront que la question des référents a été abordée par Jean Paul Hamon, Michel Chassang, Christian Lehmann, Jean Baptiste Saussure, soit par FMF Gé, CSMF, Amedref, Espace Généraliste. Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
A plus. Merci aux copains présents, dont F.F. et J.B.C.
Christian Lehmann.

