La disparition du contrat médecin référent préfigure le devenir du médecin traitant
vendredi 3 mars 2006 par Hélène BAUDRY-LAMY
Pendant neuf mois, on leur a promis une “convergence” mais cette gestation a donné lieu à un enfant mort-né. Bien entendu, il n’y a pas eu de faire-part ni de condoléances. Pendant des années, les médecins référents ont construit leur activité autour de l’OMR ( Option Médecin Référent ) et d’axes simples qui leur ont été parfois reproché : prescriptions de génériques, continuité des soins, développement de l’Evidence Based Medecine. Il leur paraissait acquis que cette rémunération était indissociable de leur activité.
C’est malheureusement après la disparition de l’OMR que, grâce à l’AMedRef, dans le monde médical et politique, tout un chacun a fini par comprendre l’avancée considérable que l’option apportait dans la reconnaissance de la médecine générale, permettant aux médecins d’être rémunérés pour le travail hors consultation, et prenant en compte tout ce dont on va charger maintenant le médecin traitant sans aucune reconnaissance financière… Elle était de plus porteuse de la modernisation de la MG, d’une harmonisation de la prise en charge des patients, tant sur la tenue du dossier médical que sur la prévention et le dépistage.
Un groupe de travail au sein de l’association AMedRef a mis en forme un volet « prévention et dépistage » et proposé à l’UNCAM et au ministère de la Santé une “sortie haute” ainsi que le directeur de l’UNCAM disait le souhaiter.
Hélas, de ce point de vue, l’AMedRef a la juste impression de prêcher dans le désert. Je ne suis informée de l’évolution des débats que par les coupures de presse, dont une récente qui annonce laconiquement, au sujet du projet d’avenant n°12 qu’on évoquait, enfin, des programmes de prévention, mais que les forfaits inhérents, un temps proposés par Frédéric Van Roekeghem, été abandonnés. La profession ne serait pas « mûre », dixit la Cnam (Le Généraliste, 17/02/06).
Ainsi, rien n’empêchera la casse progressive de l’outil de travail des médecins référents, commencée dès 2005 et qui va s’accélérer. Elle s’accompagne de l’arrêt de la possibilité de la dispense d’avance de frais, aggravant les difficultés des cabinets et des patients des les zones socialement défavorisées. Ceci n’est pas une vue de l’esprit ! Le trait de plume conventionnel aura des répercussions économiques graves pour de nombreux médecins référents (10 à 30.000 euros de perte de revenus très mal compensés par les forfaits ALD, souvent d’ailleurs peu nombreux dans les mêmes zones à faible niveau de revenus ) condamnant les médecins y exerçant à mettre la clé sous la porte.
2006 devait être l’année du généraliste ! Pour l’AMedRef, ce sera plutôt l’année où on aura fait la peau de la médecine générale, avec la complicité de ceux qui devaient la défendre, en portant atteinte à ceux qui bien avant l’invention du médecin traitant portaient le flambeau du parcours de soin coordonné. Comment ces 7.000 médecins (et au-delà d’eux les 120.000 médecins libéraux) pourraient-ils faire à nouveau confiance à un contrat signé avec l’Assurance Maladie, elle qui ne respecte pas sa parole et n’a même pas été capable de transformer les contrats référents en contrat médecin traitant ?
Et quand on sait que quotidiennement les médecins généralistes sont obligés de resigner des formulaires « Médecin Traitant » qu’ils ont déjà signés avec des patients - parce que l’informatique des CPAM est tellement défectueuse qu’elle est incapable d’enregistrer des formulaires - et quand on sait ce qui arrive aux référents ! Chers confrères médecins traitants par obligation, bon courage ! Formulaires non enregistrés, ALD refusés, forfaits non payés, contrôles tatillons, contrôles abscons, petit généraliste de rien du tout, va !…
