A l’heure où l’équipe de France de rubgy craint de ne pas fouler le gazon de la finale, se priver d’un type qui promène de telles « cojones » de toro est une erreur stratégique lourde, qui devrait renvoyer Bernard Laporte exercer ses talents chez les minimes de l’ASPTT de Peyrehorade. Car enfin, il en faut, lorsqu’on a mis en place la fausse réforme du médecin-traitant en prétextant que « c’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », lorsqu’on a promis un Dossier Médical personnel à tous les français en 2007, lorsqu’on a juré ses grands dieux qu’on obtiendrait grâce au forfait de 1 euro sur les consultations et à la traque aux arrêts de travail l’équilibre des comptes la même année… pour venir annoncer que les comptes sociaux sont toujours aussi gravement déficitaires, et que l’organisation du système de santé est à revoir.
Pour les généralistes qui, comme moi, s’étaient engagés depuis 1997 dans le système du médecin-référent, un système incitatif, non pénalisant pour les patients, économiquement efficient, les mesures proposées ont un arrière-goût amer. Car annoncer aujourd’hui qu’il existe en France un problème de sur-prescription médicamenteuse, lorsqu’on a laminé ceux parmi les généralistes qui s’étaient le plus impliqués dans une formation indépendante des firmes, annoncer aujourd’hui qu’il faudrait mettre en place des expérimentations de paiement forfaitaire et de sortie du seul paiement à l’acte, lorsqu’on a sacrifié 8000 généralistes qui s’y étaient investis, et dont certains depuis, mis en difficulté financière, ont dévissé leur plaque, dans le contexte de pénurie médicale qu’on connaît, c’est vraiment imaginer que l’ensemble de la population française est frappée d’Alzheimer. Mais si l’option référent a été vilipendée, saccagée, trahie, c’était à la demande expresse des syndicats libéraux les plus conservateurs, les plus proches du pouvoir politique. Qu’importait alors la cohérence des dispositifs mis en place ? Il s’agissait de s’assurer, en vue des élections présidentielles à venir, les bonnes grâces de ceux qui exigeaient une extension du droit au dépassement d’honoraires hors-parcours de soins, et méprisaient ces généralistes pelés, ces galeux, coupables de pratiquer le tiers-payant à leurs patients et de se méfier des représentants commerciaux des firmes. Il y a un prix à payer pour ces petits arrangements entre amis. La franchise.
Christian Lehmann

